‹ Goethe en ItalieChapitre 27 sur 32 · LA VIE AU RETOUR · texte numérisé non relu

LA VIE AU RETOUR

jour, et, en revenant de Rome, Gœthe le trouva à la tête d'une vigoureuse et bouillante école, dont Gœtz de Berlichingen n'était plus le drame favori.

Certes, on n'avait pas oublié le poète pendant son éloignement. Mais si, d'un côté, quelques amis dévoués, tels que Knebel et Voigt, auxquels Schiller s'était joint, avaient fêté, le 28 août, son anniversaire*, d'autre part, on avait répandu sur son compte une foule de* bruits calomnieux. Les uns prétendaient qu'il s'était fait catholique ', d'autres, et peut-être même M™® de Stein était-elle du nombre, l'accusaient de mener à Rome une conduite fort légère, ou trouvaient honteux qu'il vécût en Itahe, « dépensant, à ne rien faire, un » traitement de 1800 thalers, tandis que, pour la moi- » tié autant, Voigt et Schmidt suaient comme des » bêtes de somme et portaient double charge '. » S'il n'entendit ces bruits à son retour, les échos au moins en durent le frapper. Aussi, sans fuir la société, car il dîne, dès le premier mois, plusieurs fois à la cour *, il la recherche peu et ne visite guère que M"»® Herder, qui le recevait avec le plus grand plaisir et ne trouvait pas qu'il eût rien perdu de sa bonté naturelle. Gœthe, en effet, s'inquiétait de son mari, alors en Italie, avec une sollicitude vraiment charmante*;

* Schiller an Kôrner, 29 août 1787.

* Jacobi, auserl Briefw., I, p. 430. — Viehoff, III, chap. I. 5 Schiller an Kôrner, 49 déc. 1787.

* Lewes : Gœthe's Lehen, II, chap. VII, Heimkehr.

* Celui-ci, par contre, ne reconnaissait guère les aimables attentions du poète, dont il se plaignait fréquemment à sa femme. Voyez DuNTZER : Herder's Reise nach Italien,

il se faisait chérir des enfants de la maison, épelait avec le cadet une lettre difficile ou dictait . aux aînés leurs billets de félicitations pour le jour de Tan*. On le payait d'estime, et M™« Herder écrivait de lui à son mari : « Il se sent un être supérieur, c'est vrai, mais » il est, entre tous, le meilleur et le moins changeant. » Depuis que je sais ce que c'est qu'un poète et un •» artiste, je n'exige plus de sa part des rapports in- » times ; et cependant, quand il vient chez moi, je » sens en lui et autour de lui un très bon esprit * . » Plus tard elle ajoute : « combien je suis irritée » contre moi (wie bestrafe ich mich) de l'avoir mé- » connu, même un instant. C'est une âme foncière- » ment mâle et fidèle'. »

A part cette famille, Goethe voit peu de monde. II vit retiré et s'adonne tout entier à ses études scientifiques *. Peu après son retour, il avait pris chez lui Christiane Vulpîus, jeune fille d'un extérieur agréable, presque italien, et de caractère doux et facile. Cette union avec une personne de condition fort humble était, de la part du poète, un défi jeté aux préjugés de la cour et une affirmation de son désir de continuer la vie indépendante de l'artiste romain. On eut peine à le lui pardonner, et la calomnie n'épargna pas sa compagne. Elle avait des défauts, on se complut à les

< Conf. DûNTZER : Herder' s Reise nach Italien, 2 janv. 4789. * Ibidem, 2 mars 1789.

5 Ibidem, 10 mai 1789. — Lisez aussi la lettre du 29 mai. ^ HiEMER : Mittheilungen, II, p. 311.

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