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leuse architecture et qui porte déjà en soi le secret des harmonies. » Singulier caprice du destin ! dans ce concours ouvert dès l'origine et qui se poursuit jusque sous nos yeux, la chanson que l'avenir primera ne sera point celle du plus illustre ; tous ont bien mérité :
Viliila lu dignus et hic ...
Mais entre Schubert, Schumann, Berlioz et Zelter, c'est ce dernier que la voix populaire adoptera, c'est sa mélodie honnête et simple qui figure aujourd'hui encore dans les recueils des étudiants allemands et qu'ils chantent en chteur dans leurs kneipen. Loin de distraire l'attention de l'histoire racontée par le poète, elle vous la rend plus vivante et si d'autres ont excellé dans le morceau d'art, il pourrait bien se faire que le naïf, le primitif Zelter eut trouvé la vraie note sans y penser.
Une bonne histoire du lied nous mauque en France, non que le sujet n'ait tenté personne, mais il y faudrait pour réussir, cette double compétence très fréquente parmi les Allemands et que chez nous peu de gens possèdent, j'entends, la rencontre simuUanée du sens littéraire
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et musical. A mesure que l'étude des langues commence à se répandre, l'information, naturellement, gagne du terrain, mais seulement du côté littéraire et ce n'est point assez d'être un parfait normalien pour traiter la question sous ses deux aspects, l'auteur de l'essai dont nous parlons ne se contente pas d'être docteur ès-lettres, il sait la musique et il la sent ; il comprend aussi les poètes et quand il parle d'eux c'est en homme ayant voyagé au pays du bleu et non en rlîétoricien épluchant une strophe. Au cas où M. James Condamia ignorerait l'ouvrage de Reissmann.je le lui signale; tout livre de ce genre viendrait combler une lacune que cet Essai su7^ le Hoi de TIndé nous ferait d'ailleurs perdre de vue pour un moment. Le travail est intéressant, j'y voudrais cependant plus de critique et parfois aussi moins de zèle pour la sainte cause des amis. Comment par exemple concilier ce que l'auteur écrit de Liszt avec ce qu'il nous a dit de Zelter quelques pages plus haut ? Zelter, la concision, presque la sécheresse, le mot à mot pur et simple, Liszt, l'interprétation amphigourique et le pathos, louer en même temps les deux, semble impossible, il n'importe, on passe en outre à la contradiction et bientôt même on
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ira jusqu'à sacrifier un maître tel que Schuinann à des préjugés d'école et peut-être de clocher. (( Si vous voulez comprendre toute la différence qui sépare un travail écrit sans verve d'une pièce d'inspiration rapprochez du lied de Schumann celui de Franz Liszt, en face d'une peinture incolore une toile magistrale, et de grand prix; aucun raffinement, rien que de naturel! Soudain à la phrase initiale d'une coupe si heureuse succède une explosion de sonorités puissantes : c'est le vieux roi qui passe escorté de ses hérauts d'armes et qui une dernière fois va dans la grande salle s'asseoir avec
ses chevaliers « Un cortège qui défile », des
trompettes qui sonnent, que de bruit pour une chanson, et comme si ce n'était point assez d'admirer tout ce beau spectacle et de s'en amuser ; l'auteur prétend encore qu'on l'étudié, qu'on l'analyse et le suive à travers toutes les singularités de la notation : « Voilà certes de la musique savante ; mais étudiez-la de près ; livrezvous à un travail d'analyse, et, si j'ose dire, de dissection...» Eh bien, non, ce serait acheter trop chérie plaisir! Il faut cependant pourtant qu'il y ait quelque proportion entre la peine que je me donne pour éj)lucher la noix et la jouissance que
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je trouve à la déguster, le surnaturel de l'Apollon du Belvédère lui vient, comme on sait, de la longueur des hanches et des jambes ; un certain esclavage de la ligne et de la mesure mène au poncif, en conclurons-nous que l'on doive enjamber les montagnes et se déhancher pour avoir l'air d'un Apollon? Liszt avec son insupportable manie de toucher à tout, confus, ditl'us, dégingandé, même en puissance de génie, me représente ce temple de Ségeste que Gœthe a décrit dun si tier style en son Voyage en Italie: « Une richesse, une fécondité lamentables, des constructions partout et pas un coin où se fourrer, des nuées de papillons voletant sur des chardons en fleur, de grandes herbes de l'autre année séchées sur pied, mais si touftues, si viva' ces, qu'on se croirait dans une pépinière; et le vent qui soufflait comme en plein bois dans les colonnes, et les chats-huants qui huluhiient en se trémoussant des ailes au-dessus des poutres! »
La musique ajoute au sentiment quelque chose que la parole ne saurait exprimer, ce qui faisait dire à Gœthe qu'elle commence là où s'arrête la parole, et ce que Schubert avait merveilleusement compris d'intuition Schumann et
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Mendelssohn venus après lui, ont élargi le cadre ; s'ils ont moins d'idées, ils ont déjà plus de système ; mais pour bien juger de l'expérience et la voir dans son plein, il nous faut attendre Beethoven ; les hommes comme celuilà trouvent leur place dans tous les partages de l'esprit humain, les entr'actes d'Egmont sont la première épreuve de l'estampe arrivée à sa perfection. Suivez la progression depuis Schubert; ce n'est plus la chanson du Roi de Thulé, c'est la tragédie historique, le théâtre. Consommer cette union des deux arts en laissant à chacun son entière liberté d'allure, Meyerbeer, dans sa dernière partition, restée inédite, s'était proposé cet idéal ; « les vieilles formes s'usent, disait-il, l'opéra en cinq actes n'est plus de saison, le public attend un iiescio qnid, supposons que cet inconnu soit le mélodrame, pourquoi pas? J'entends, une vraie partition dans un vrai drame, les deux éléments se portant au secours l'un de l'autre sans frissonner, bref la réalisation du mot de Goethe : « où la parole s'arrête, la musique commence», et pour mieux alfirmer son esthétique, il avait voulu que Gœthe fût le héros du drame : aucun poète, pensait-il, n'a fourni phis de textes et de situations
à la musique ; son œuvre est un immense répertoire où tous y ont fouillé sans l'épuiser. Schubert et Mendelssohn dans les ballades, Schumann dans Faust, Beetlioven dans Egmont et le rêve de Meyerbeer était de récapituler ses divers efforts dans une sorte de mélodrame où Ton verrait le poète vivre son œuvre. Ce rêve fut réalisé, l'œuvre existe telle qu'elle devait naître d'un pareil cerveau et grosse de toutes les idées musicales qui sont dans Gœthe, mais c'est Berlin qui la possède, et' pour n'en rien faire.
UEfjmont de Beethoven eut au moins la chance d'émouvoir Gœthe ; lui, resté insensible à la sonate fantaisie, comme àl'andante de la symphonie en ut mineur exécutés au piano se prit aussitôt d'enthousiasme : Beethoven a fait là un miracle, c'est une idée de génie que cette intervention de la musique dans le dialogue ! Voilà certes un applaudissement qui ne s'accorde guère avec ce que nous avons vu lors de la visite de Mendelssohn et du séjour à Berka. Il est vrai que cette fois il s'agit cVEgmont et qu'il lui revient une part dans la symphonie : La meilleure raison est que j'en suisl'auleup.
La question personnelle marque ici le pas;
mais pour en avoir le cœur net, remontons de quelques années le cours des temps, prenons les deux grands hommes à l'époque de leur rencontre à Teflitz en 1812, et peut-être nous rendrons-nous mieux compte d'un phénomène très fréquent, à savoir, l'action que la présence de rindividu exerce sur le plus ou moins d'intérêt que ses œuvres nous inspirent. Avant de s'être jamais vus, ils s'étaient connus déjà par l'intermédiaire de cette folle de Beltina, qui tantôt donnait à Gœthe pour des lettres de Beethoven, des morceaux de littérature qu'elle fabriquait elle-même en partie, et tantôt prenait sous son bonnet d'adresser à Beethoven des compliments et des invitations au nom de Gœthe, d'où l'on peut conclure au désenchantement que celui-ci, mal renseigné sur la personne du musicien, ne manquait d'éprouver en l'abordant. Il s'imaginait aller au devant d'un héros et ce fut contre un sourd atrabilaire qu'il se heurta, disgrâce énorme dont la musique de Beethoven eut le contre-coup : « J'ai fait la connaissance de Beethoven, écrit-il à Zelter dès son retour de Teflitz (2 septembre 1812), son talent m'a étonné, mais quel intraitable personnage! il a le monde en abomination et je ne
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lui en veux pas de le trouver si odieux, bien qu'à vrai dire, il ne s'évertue guère à l'embellir pour les autres. Il faut pourtant l'excuser et le plaindre à cause de son infirmité qui d'ailleurs semble affecter le côté social de son être plus encore que le côté musical, et le rend hypocondriaque, lui déjà laconique de sa nature. »
C'est dans l'œuvre du poète l'unique paragraphe concernant l'auteur des symphonies et la raideur du ton devait en être signalée. Qu'à Teflitz, dès la première entrevue, Beethoven se soit aperçu de l'etTet produit, et qu'il ait ensuite répondu par un redoublement de brusquerie aux remontrances comme aux silences de son formaliste interlocuteur, on le conçoit du reste. Peu de gens ignorent l'anecdote de la promenade, aussi populaire en Allemagne que l'histoire du Meunier de Sans-souci, et que Grillparzer a mise en vers. Gœthe passait avec Beethoven, tout le monde saluait, quand le poète témoigna sa mauvaise humeur de ces importunes marques de déférence. — « Que Votre Excellence n'en ait cure, reprit alors le musicien, car c'est peut-être à moi qu'elles s'adressent. » Un jour cependant Beethoven s'emporta, il venait de jouer pour Gœthe et le maître-
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poète ne sourcillait pas. Beethoven à cette attitude impassible et trouvaat à la fin que c'était abuser du « si tacuisses pinlosophus mansis ses. )) — « Eh quoi, Goethe, pas un mot! s'écriat-il, lame déchirée, c'est vous qui m'intiigez ici de nouveau l'accueil glacial que j'ai reçu à Berlin ! Vous devriez savoir pourtant quel bien cela fait d'être applaudi par des mains intelligentes, et si, vous, Gœthe, vous me reniez pour votre égal, qui me reconnaîtra? » Il est hors de doute que les façons abruptes de Beethoven, son manque absolu d'urbanité avaient produit une impression qui ne s'eftaça plus. Mais si le grand poète officiel de la cour de Weimar ne pardonna jamais à la musique de Beethoven les incongruités roturières de son auteur, Beethoven, moins étroit d'esprit et de cœur, eut bienlot fait d'oublier toute rancune. Il semblerait même que son culte pour Goethe n'en avait que grandi par la suite. Un jour, en 18*22, vers ses dernières années, parlant avec un ami, M. Rorhlitz, de cette histoire de Tefiitz : « Dieu sait, dit-il, le temps qui s'est écoulé depuis notre rencontre, je n'étais point alors aussi sourd <iu'à présont, mais j'avais déjà 1 oreille cruellement dure, et quand je songe à ce qu'il a fallu
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de patience à ce grand homme pour me supporter! » Et nous qui lisons ces mots si touchants prononcés à distance; que de magnanimité, pourrions-nous à notre tour nous écrier, que d'apaisement! Mais en 1822, dix ans avaient passé sur le froissement, amorti la blessure, tandis que dès le lendemain du retour de TeMitz, tout confus encore, tout meurtri, nous le voyons se répandre en éloges, brave homme qui vient de recevoir un affront et qui rend des actions de grâce! « Dès que j'ai le temps de lire, je lis Gœthe ; il m'a tué Klopstock, Klopstock le maestoso à perpétuité ! il n'en finit pas de mourir, mais Gœthe, c'est la vie, musiciens, tous tant que nous sommes, vivons avec lui, car nui ne facilite mieux sa tâche au compositeur, personne comme Gœlh.c ne se laisse mettre en miisii/ue. )) C'est le mot, et c'est Beethoven qui Tadit. Les poèmes de Gœthe, grands et petits drames, ballades, simples lieds, sont et seront toujours pour la musique un répertoire inépuisable. S'il fut un connaisseur peccable il reste un inspirateur hors de pair. Ace compte bien des erreurs devront lui être pardonnées, telle entre autres, la plus grave, d'avoir passé à côté de Beethoven sans le comprendre.
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Les grandes personnalités engendrent les mythologies, il s'est formé autour de Goethe comme autour de Beethoven un cycle de légendes qui nous représentent l'un comme inaccessible aux conceptions liumaines, l'autre comme un lutteur symbolique en antagonisme avec le monde entier, hérissé, bourru, mécontent de tout, impraticable et sourd par dessus le marché. Pareille infirmité chez un tel génie, sourd, lui, le dieu des sons, que pourrait la fable inventer de plus tragique et la légende se trouve être la vérité ; le destin aveugle a voulu que Beethoven fut sourd ! N'exagérons rien cependant car les mythes quand on les transporte dans la vie réelle font des caricatures, ramenons les choses à leurs proportions et sortons des légendes passées à l'état de dogm?. La vérité est pour Beethoven que nous le connaissons mieux que ses contemporains ne l'ont connu, et que. par conséquent, nous le plaçons plus haut. Quant à Gœthe, à titre de contemporain, il l'a jugé comme tout le monde, et pour le juger autrement il aurait fallu cette prescience de l'avenir qui nous force à lire entre les lignes et qu'à défaut des notions techniques nécessaires, une violente sympathie ] eut seule
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donner. Or, Gœthe, très capable de raisonner musique en philosophe, ne dépassait point sur ce sujet les idées de son temps ; distrait d'ailleurs par ses autres curiosités scientifiques, il n'y aurait eu pour l'entraîner qu'un mouvement de sympathie, cette sympathie ne vint pas; bien au contraire, la présence de l'homme mit en fuite les préventions favorables au musicien.
C'était fini ; Gœthe n'en parla plus ; à vingt ans de distance (14 février 1831), voyant son secrétaire Eckermann s'extasier sur la précocité de certains génies; Mozart virtuose dès le premier âge, Beethoven aussi : « C'est vrai, répondit-il, mais Mozart demeure un prodige » ! Et de Beethoven, pas un mot. Gœthe emploie rarement l'ironie, et n'écrit jamais de mal de personne, il met tout dans la réticence et c'est à peine si le nom de Beethoven est prononce trois fois dans ses œuvres, concluez.