‹ Goethe et DiderotChapitre 8 sur 37 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

vieillesse et sans avoir plus de rides que l'inaltérable beauté de Ninon. Vous rappelez-vous cette peinture faite par un de ses admirateurs, ou peut-être par lui-même, le plus grand de tous ceux qu'il eut jamais, où il est représenté patinant sur je ne sais quelle rivière : « jeune et beau comme un Dieu dans la pelisse rouge de sa mère »? Eh bien, à part la pelisse rouge, — et encore la Gloire ne lui a-t-elle pas passé cette veste de pourpre dans laquelle elle fagote ses favoris! — c'est l'image de la vie de Gœthe que cet éblouissant patinage. Il a, en effet, patiné pendant quatre-vingts ans sur cette glace fragile de l'admiration des hommes, qui, pour lui, ne s'est jamais rompue, et, sans accident et sans arrêt, il a glissé et est entré, d'un seul trait continu, dans sa tranquille immortalité. Phénomène digne d'être observé et même étudié. Voltaire, qui vécut aussi quatre-vingts ans, Voltaire, l'heureux Voltaire, mais moins heureux que l'heureux Gœthe, eut assurément sur son siècle une influence plus grande, plus militante, et surtout plus activement spirituelle que le senti-

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