INTRODUCTION XV
mental coup de pistolet de Werther, et cependant Voltaire ne régna pas toujours du même empire sur l'opinion. Il eut des hauts et des bas dans sa gloire. Ni ses tragédies ni ses autres écrits ne réussirent tous. Enfermé, jeune, à la Bastille, exilé plus tard, ou craignant de l'être (ce qui est la même chose, puisqu'il s'exila lui-même), Voltaire fut intellectuellement un guerroyant qui eut quelquefois des défaites. Il eût pu montrer des blessures. Mais Gœthe, non !
Gœthe ne connut ni les revers ni le danger. Assurément, il travailla trop pour qu'on puisse l'appeler le lazzarone de la célébrité; mais l'opinion, dont il fut imperturbablement l'enfant gâté, mit ses rayons sur lui comme le soleil met les siens sur les gueux, et elle ne les lui retira jamais. Au lieu d'écrire Faust, ce travail de Pénélope de toute sa vie, il aurait ciré des bottes, que l'opinion charmée aurait proclamé qu'il les cirait avec génie et se serait même mirée avec amour dans son cirage... Tout lui servit, les circonstances aussi bien que l'opinion. Jéru-