Der junge Gæthe, J, p
ro)
Shakespeare provoque en lui l'éveil à la fois et la conscience de son génie’. Mais à côté du modèle littéraire, Frédérique est le modèle vivant et pourtant poétique. Elle permet à Gœthe d'éprouver, en quelque sorte, sa sensibilité créatrice. Ceci fait, elle s’efface, son rôle est terminé. Gœthe, conscient de sa mauvaise action, n’insiste pas sur la rupture. Il se contente de dire qu'il n’a pas gardé le souvenir de ces pénibles jours. À sa décharge il faut reconnaître que sa destinée, plus encore que sa volonté, l’a éloigné de Sessenheim. Le 14 octobre 1771, très peu de temps par conséquent après la séparation, Gæthe, prononçant à Francfort l'éloge de Shakespeare, montre que l'axe de ses tragédies, c'est, nous traduisons littéralement, « ce point secret où le particulier de notre Moi et la prétendue liberté de notre Vouloir se confondent avec la marche nécessaire du Tout? ». Gœthe quitte Frédérique, emporté par les mille forces mystérieuses et grandioses de son génie, auxquelles, loin de les pouvoir retenir, Frédérique elle-même a donné inconsciemment l'élan.
1. Cf. Dichtung und Wahrheit, 1. XI : « Ein freudiges Bekennen,
dass etwas hôüheres über mir schwebe... »
2, Der junge Gœthe, IX, p. 42.