‹ Goethe et Frédérique BrionChapitre 20 sur 37 · Der junge Gœthe, I, p · texte numérisé non relu

Der junge Gœthe, I, p

réfléchie, passant soudain de l’enjouement à la mélancolie, mais d’un enjouement qui garde de la sérénité à une mélancolie qui ne dure que ce que durent les ombres projetées par les nuages interceptant le soleil : Marguerite, de Faust. Elle aime à baigner de lumière son front limpide, à laisser tomber librement ses lourds cheveux d'or. Dans ses yeux rit une gaieté bleue, son nez se retrousse, d'une bravoure ingénue. Impétueuse dans son amour du plaisir, elle y est aussi mesurée, et un divertissement de société ne la satisfait qu'autant qu'il est ordonné, que tous en reçoivent et y prennent une part égale. En promenade, elle va de l’un à l’autre, anime les conversations, gronde ceux qui se taisent, ramène ceux qui s'isolent : « ein belebender Geist » d’un attrait irrésistible. Le grand air est l'élément qui lui convient, où elle se meut avec le plus d’aisance, gravissant les sentiers sans qu'effort paraisse, courant par bonds si légèrement, si gracieusement que Gæœthe compare ses mouvements à ceux d'un chevreuil.

Et puis Gœthe nous vante encore la transparence d'âme de l’aimée, les qualités objectives de son esprit, que le sommeil des choses, dans la campagne illuminée par la lune, ne touche même pas, la clarté de ses conversations, le parfait équilibre de ses conceptions, le charmant mélange de sa sagesse et de

sa naïveté, son cœur sensible sous des apparences sereines, il place son visage devant un fond de branches qui se balancent, de ruisseaux qui courent, de prés dont toutes les fleurs se penchent sous la brise, devant un libre et vaste horizon...

Il est évident que la jeune fille que Gæœthe nous dépeint là est une Frédérique idéalisée, soit qu'il ait voulu la montrer telle qu'il l'avait vue, au temps où, pour parler comme Eckermann, « le vertige des plus douces sensations le berçait' », soit qu'en mettant tout son art à la faire plus charmante, il ait cherché, en manière d’expiation, à accentuer sa culpabilité.

Nous ne possédons pour ainsi dire aucun témoignage contemporain nous permettant de comparer la Frédérique de la légende à la Frédérique réelle : à peine quelques propos transmis, et plus ou moins déformés, de bouche en bouche. Nous ne citerons que pour mémoire cette étrange famille de critiques, dont Froitzheim est le plus connu, qui affirment que le sentiment de Frédérique pour Gœthe ne fut pas purement platonique, et qu'un enfant résulta de leurs relations. Est-il besoin d'ajouter que l'opinion catholique se distingua en Allemagne par son âpreté cha-

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