Eckermann’s Gespräche mit Gœthe, Il, p
ritable à accuser la fille du pasteur Brion? Nous avons personnellement étudié la question de près, et bien que Gœthe fût, certes, sujet à caution, nous n'avons jamais rencontré de document ou de raisonnement qui fût de nature à modifier ou même à ébranler notre foi en la pureté de Frédérique. Ce n'est pas sa tentative que nous reprochons à Froitzheim (toute vérité est bonne à proclamer, et cette vérité-là n'aurait rien eu d’infamant pour Frédérique), c’est d’avoir appuyé une conclusion aussi audacieuse sur une argumentation aussi indigente ‘.
Ceci dit, interrogeons Gœæthe, selon notre méthode habituelle. Les textes, bien scrutés, nous renseigneront.
Les comptes rendus critiques publiés par Gœæthe in die Frankfurter gelehrten Anzeigen », en 1772, renferment une page suggestive, écrite à propos d'un recueil de poésies qui venait de paraître, et dont l’auteur était un juif polonais. Après s'être plaint de la vulgarité de l'œuvre, Gœthe invoque le Génie de la Patrie et lui demande de faire surgir un jeune homme plein de force et d’entrain, dont le cœur sensible se laisserait prendre par « la Belle, l'Espiègle, la Rieuse », mais qui se dégagerait fièrement dès que,
1. Friederike von Sessenheim, nach geschichllichen Quellen, von D' J. Froitzheim (1893).
se réveillant de son rêve poétique‘, il s'apercevrait que sa déesse est seulement belle, seulement espiègle, seulement rieuse ?.
Peut-être, en écrivant ces lignes, Gœthe pensait-il à Lotte autant qu'à Frédérique : elles n’en correspondent pas moins, d'une façon manifeste, à un passage d'une lettre que Gœthe écrivit à Salzmann, la veille de son départ de Sessenheim, où il lui dit qu'il est « trop éveillé pour ne pas sentir qu'il cherche à saisir des ombres? ». L'exaltation poétique tombée, Frédérique dut apparaître à Gœthe « nur schün, nur witzig, nur munter ».
Et en effet, au témoignage même de Gœthe, Frédérique a peu lu, elle a grandi et s'est formée « en jouissant gaiement et innocemment de la vie ». Il lui manque donc une culture générale. On conçoit à quel degré Gœthe, jeune, ambitieux, plein de projets, d'une curiosité littéraire si intense, devait souffrir d’une telle lacune chez son amie. Pendant qu'il conte la Nouvelle Mélusine, Frédérique échange avec sa sœur des regards significatifs et manifeste une surprise vive et amusée. Gœthe en reste tout décontenancé. Weyland lui donne ensuite le mot de l'énigme.