Der junge Gæthe, II, p
3. « Ich bin zu sehr wachend, als dass ich nicht fühlen sollte, dass ich nach Schatten greife. » Der junge Gœthe, I, p. 254.
Frédérique et sa sœur ont cherché dans le récit des personnalités, elles ont cru y retrouver l'image d'un couple du voisinage, « le mari grand, robuste et pesant, la femme si mignonne et si délicate qu'il pourrait la porter sur la main ». Ces réflexions sont à coup sûr un arrangement de Gœthe, puisque, nous l’avons vu au chapitre précédent, il n'a pas conté la Nouvelle Mélusine à Frédérique. Mais n'estce pas une manière discrète de relever cet esprit mesquin, cette incapacité de généralisation, cette impuissance à dégager le sens profond des choses, qui caractérisent d'ordinaire les gens habitant la campagne? Si l'aspect mi-rustique, mi-citadin de Frédérique exerce au premier abord une telle séduction sur Gæthe, celui-ci remarque néanmoins plus d'une fois qu’elle est « sur la limite entre la paysanne et la demoiselle », et sans doute plus près encore de la paysanne que de la demoiselle. Ainsi, quand elle est au piano, elle joue « avec quelque facilité » et « de la façon qu'on joue d'ordinaire à la campagne », ce qui n'est pas précisément une louange. Pour comble, le piano est faux : Gœthe, poliment, accuse la négligence du maître d'école, qui fait à temps perdu fonctions d'accordeur. Comment ne pas sentir que le reproche vise aussi Frédérique et son ofeille peu exigeante? Frédérique essaie ensuite de chanter un lied,
un lied tendre et mélancolique, mais elle n'y réussit pas. De petites chansons suisses et alsaciennes, sans accompagnement, en plein air, sont mieux dans ses moyens. Le plein air lui sied, elle n’est vraiment à son avantage qu'au jardin ou à la campagne, où elle possède toute la liberté de ses mouvements. N'est-ce pas insinuer tout ce qui lui manque dans un intérieur, dans un salon? Gæœthe remarque quelque part que l'entourage des êtres que nous aimons signifie peu de chose, mais que «le cœur demande que ce soit l'entourage convenable, naturel, accoutumé! ». Ceci nous amène à mentionner le séjour de Frédérique à Strasbourg, et à rechercher l'arrière-pensée qui a guidé Gœæthe dans son récit.
Tout d’abord, il n'est pas certain que cette visite ait eu lieu. Sans doute la famille Brion était apparentée à Strasbourg, Frédérique y avait notamment deux cousines de son âge, Suzanne-Dorothée et Marguerite-Élisabeth Schœæll, et il n'y aurait rien eu d'étonnant à ce que les Schæll invitassent les Brion. Mais en supposant un séjour prolongé de Frédérique à Strasbourg en 1771, peut-on admettre que Salzmann, le camarade, le confident le plus intime de
Gaœthe, ne l'ait pas connue, que Gœthe ne l'ait pas