‹ Goethe et Frédérique BrionChapitre 25 sur 37 · Der junge Gœæthe, IX, p · texte numérisé non relu

Der junge GϾthe, IX, p

Nous avons constaté précédemment que Gœæthe, libéré de l'influence de Herder, riche de tout ce qu'il lui avait emprunté, s'était en quelque sorte tourné vers Frédérique. Il y a dans Dichtung und Wahrheit un passage où Gœthe semble souligner cette transition du monde des idées au monde de la nature. Lorsque Herder lit à haute voix le « Vicar of Wakefield », il en arrive, par la force de son sens critique, à perdre la jouissance même de l'œuvre : il n'en considère que le fond et la forme, alors que Gœæthe, « pour qui tout est vivant, vrai, présent », se laisse dominer par le sujet.

Nous voyons poindre ici cette conception d'un art qui ne saurait s’écarter de la nature, ni chercher des moyens qui ne seraient point d'elle, et d'une nature qui comprendrait par définition tous les éléments de l'art. Gœthe, dès lors, s'applique, on dirait, à mériter pour lui-même la définition qu'il donnera de Lecain, il veut être comme lui « du petit nombre de ceux qui savent transformer complètement l’art en nature et la nature en art? ». L'épisode de Sessenheim coïncidant presque avec la lecture du roman de Goldsmith, Gæthe ressent, dans cet instant unique, des impressions vraiment fortes, et dont il est difficile de dire

APALEXS 2. Dichlung und Wahrkheïl, 1. XI.

qu'elles doivent plus à la nature qu’à l’art, ou à l’art qu'à la nature. Par un phénomène de transposition, il confond Frédérique et sa famille avec les personnages du roman. Il aperçoit donc la réalité à travers le voile de la fiction. Et, réciproquement, l'exactitude du roman lui est d'autant plus évidente qu'il la peut vérifier à côté de lui, en pleine vie réelle. Aux confins des deux mondes poétique ct réel, Frédérique éclaire à ses yeux les rapports de l’un et de l’autre.

Elle lui rend un autre service, elle lui inspire ses premiers vers de circonstance : et l’on sait l’importance qu'il attribuera plus tard à ce genre de poésie, qu'il appellera « le premier et le plus vrai ».

On objectera qu'avant Strasbourg, dès Leipzig, Gœæthe écrit des poésies que lui dictent le moment et l'occasion. Mais entre la poésie de circonstance et la poésie d'occasion, il y a une différence capitale ‘. Les pointes et les rimes d'un Voiture n'ont aucune analogie avec les élans lyriques d’un Victor Hugo. Chez l’un, le développement reste menu comme le sujet même qui l’a provoqué. Chez l’autre, il dépasse et déborde la circonstance d’où il est né. Ainsi, des deux Gœthe, celui de Leipzig s'amuse, celui de Strasbourg vibre. Qui donc a dit que « tout langage

4. F. Brunetière, L'évolution de la poésie lyrique en France, T, p- 245.

passionné devient musical »? La jeune passion de Gœthe, où rien d’artificiel n'entre, lui dicte les premières poésies portant la marque du « Volkslied » et le rappelant par l'allure chantante du rythme, le goût des assonances, l’accouplement des expressions qui se répondent et où se dessinent les premiers éléments du refrain. Gœthe compose même la plupart de ses poésies d'alors en vue de les adapter aux mélodies populaires que chante Frédérique : et porté par son amour non moins que par l'instinct de son génie, il attrape le ton du « Volkslied ». Qu'est-ce en effet qui caractérise aux veux de Herder un «Volkslied » digne de ce nom? Il faut que tout, les mots, les idées, les images, s'y enchaîne naturellement, y coule de source, que le rythme y soit sensible et aisé, l'expression précise et ferme, sans rien d'abstrait, le style imagé, le sentiment profond et passionné, l'allure souple et rapide.

Parcourons le Leipziger Liederbuch. Nous apercevrons mieux ensuite les progrès accomplis par Gœthe sous l'empire de sa féconde passion.

Gœthe, à Leipzig, a une amourette : Käthchen Schoenkopf. Mais c’est de sa tête, et non deson cœur, que sortent les vers qu'il consacre aux aventures galantes qu'il ne se prive pas de chercher loin de son amie. Le jeu des vers lui paraît aussi facile que le jeu

de l'amour, il se plait à l’un et à l’autre également sans jamais rien livrer de lui-même. Il chante le plaisir et le désir en des strophes si osées que l’honnête Porchat les écarte de sa traduction. Peu importe la vertu! Le privilège de l'homme est d'ajouter à la volupté, que tous les animaux éprouvent, le raffinement dont l'homme seul est capable’. Il célèbre la nuit sur un ton conventionnel qui contraste étrangement avec Îles pittoresques descriptions que nous admirerons bientôt. Les « zéphyrs » entrent en scène, cest eux qui annoncent la course de la lune”. Mais une belle nuit d'été dans les bois, qu'est-ce en comparaison d'une nuit amoureuse? La jouissance des sens prime toutes les autres. Il est vrai qu'elle est vaine, et s'enfuit trop rapidement‘. Mais le remède est de passer d’une jouissance à l'autre, et de prolonger le plaisir en le répétant. « Les baisers sont si doux sur le sein de la seconde, qu'à peine les valaient ceux donnés à la première. »

Il va de soi que Gœthe recourt à tout l'arsenal mythologique où avaient puisé Gleim, Weisse, Uz. Il fait intervenir Endymion, Bacchus, Minos. Lorsque . Der junge Gœthe, I, p. 95.

. Ibid., p. 97.

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. 14.,0p299; . Ibid., p. 104.

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