‹ Goethe et Frédérique BrionChapitre 6 sur 37 · Der junge Gœthe, I, p · texte numérisé non relu

Der junge Gœthe, I, p

Frédérique, la tendre Alsacienne. Surtout, la malédiction de Lucinde évoque immédiatement devant nous la femme appelée à en être la victime. Avant même de nous montrer Frédérique, Gœthe nous laisse pressentir son sort infortuné, en introduisant dans son récit, plus fort que l'homme qui propose et ne dispose pas, l'élément de la fatalité.

Le X° livre, le livre essentiel où Frédérique enfin apparaîtra, est d'une composition particulièrement suggestive. Dès Je début, Gœthe fait cette profession de foi sur laquelle nous reviendrons, car elle est fondamentale : « La poésie de circonstance, le premier et le plus vrai de tous les genres de poésie... » Et après avoir montré comment l'existence dénuée d'occupation et d'animation des poèles contemporains, de Klopstock et de Gleim en particulier, aboutit à un rétrécissement de leur esprit, Gœthe formule cette conclusion, qui est comme le commentaire du début et la définition de ce qu'il entend par action bienfaisante des circonstances sur la poésie ou plutôt sur le poète : « [Par là nous avons appris] que l'homme le plus excellent ne vit aussi que du jour, et qu’il est réduit à un pauvre régime, quand il se replie trop sur lui-même et néglige de puiser dans le riche trésor du monde extérieur, qui peut seul nourrir sa croissance,

et en même temps lui en faire connaître la mesure. »

Sa croissance! Tout Gœthe est dans ce mot. Il se sert des êtres et des choses comme d’échelons pour monter toujours plus haut, respirer un air plus vif, dominer plus d'espace, éluder plus de barrières. Il ne sait pas s'arrêter. Il brûle d'une fièvre inextinguible, d'une fièvre de croissance qui l’exalte au plus haut degré. Le 28 novembre 1771, il écrit à Salzmann : « Mon élan est si violent, que je peux rarement me contraindre à reprendre haleine’. » Quelque temps plus tard, prononçant l'éloge de Shakespeare, il rappelle qu'il dut à ce génie d’avoir senti son existence « élargie à l'infini? ». Au mois de février 17175, amoureux de la charmante Lili, il aspire néanmoins à prendre du large, et il a la nostalgie de « son cher vaste monde? ». Toujours nous retrouvons en lui ce « nisus vorwärts » dont il parlait à Salzmann. Hermann Grimm, comparant quelque part les amours de Gæthe, montre, ingénieux, comme l'horizon s'élargit progressivement, qui les encadre. C’est d’abord à Leipzig, autour d'Annette, le simple décor d’une salle d’auberge. Avec Frédérique, c’est un village, et les beaux lointains de l'Alsace. Wetzlar, c'est déjà une ville, ouverte sur l’admirable campagne de Thuringe. Lili

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