Laokoon, chap. IV
l4 LE LIBRE APPRENTISSAGE.
plastique, et de ce queles groupements et les attitudes peuvent ajouter à l'impression esthétique. C'est la première fois, sans aucun doute, que cette question s'offrait à lui. Lessing n'en donne pas, à proprement parler, une solution théorique. Il montre plutôt par quels moyens le génie de Sophocle à pu vaincre ces difficultés : « il a su merveilleusement, dit-il, renforcer et élargir cette. idée de la douleur physique ». Philoctète souffre d’une blessure, et non d’un mal intérieur : cette blessure est un châtiment divin, et un venin d’une violence surnaturelle y fermente; d'autres maux s'ajoutent à celui-là, qui « considérés en soi ne sauraient particulièrement émouvoir », mais qui, de cette alliance, reçoivent une teinte aussi mélancolique que celle qu'ils reflètent, par contre, sur la douleur physique ». Que l’on considère maintenant le héros de Sophocle dans les moments où il espère, et où son malheur se réduit à son mal : «il gémit, il crie, il est en proie à d’atroces convulsions ». Le philosophe anglais Adam Smith ayant déclaré que nous éprouvons du mépris pour un homme qui crie ainsi sous l’action de la douleur physique, Lessing, en une page admirable, montre que le caractère de Philoctète est conforme à l'idéal antique ; son mal ne lui a pas desséché le cœur et n'a pas brisé sa volonté : il ne le livre pas. sans ressort et sans défense à ses ennemis. « Et les Athéniens — ajoute-t-il dans un mouvement superbe — auraient. méprisé ce roc d'homme, parce que les vagues, qui ne peuvent l’ébranler, le font du moins retentir? » Ses plaintes sont d'un homme, mais ses actions sont d’un héros, car, en dépit des critiques de Cicéron, le théâtre n’est pas une arène. Cette étude critique du drame de Sophocle, que nous n'avons pas à analyser ici dans ses détails, devait faire une impression profonde sur l'imagination ardente de Gœæthe : il y voyait, grâce à l'analyse la plus pénétrante, comment la vérité humaine et la beauté étaient l'idéal des artistes grecs, et lorsque Lessing nous montre dans l’humanité le ressort principal de la pièce grecque, nous ne pouvons nous empèê-