Bæchtold, p
Telles sont bien, dans l'esprit de Gœæthe, la nature et la portée de la faute de Tantale, qui est l'orgueil aveugle des Titans, la méconnaissance de soi, qui égare l'intelligence et la condamne aux ténèbres. Si la simple tradition mythique et le symbole philosophique se mêlent constamment dans la pièce, nous devons le tenir pour nécessaire, et ne pas perdre de vue l'interprétation véritable. Iphigénie parle de la sévérité des dieux ', mais c’est l’excuse qui est de tradition dans sa famille, et nous la trouvons aussi dans ce Chant des Parques dont Iphigénie se souvient dans un moment de tentation, et qu'elle tient assurément pour impie. Il est donc bien constant que Gœthe se garde de rompre tout lien d'hérédité entre l'ancêtre et sa race. La présomption (Vermessenheit), qui fut la faute de Tantale, se retrouve chez ses descendants : Iphigénie en a le sentiment profond, et c’est en faisant régner en elle-même la modération, l'égalité d'âme (Gelassenheit) qu’elle espère purifier sa famille.
La faute qui a causé la chute de Tantale et les malheurs de sa race paraissant excusable et humaine, on s’est demandé pourquoi, d'après la vision d'Oreste, à l'acte IIT?, l'ancêtre seul est exclu de là miséricorde divine*. Le problème a été très diversement résolu. Certains font observer que les Tantalides sont réconciliés entre eux, et non avec les dieux : la remarque est juste, mais elle n’a pas ici grande portée; car s'il faut voir, dans ce passage, une révélation à laquelle le poète attribue quelque réalité, ou tout au moins une valeur de symbole, quel sens pourrait avoir cette réconciliation, sinon que la haine s'éteint — au moins après la mort — chez les descendants de Tantale? Les effets de la malédiction divine apparaîtraient donc atténués, et comment le seraientils sans la volonté des dieux eux-mêmes? Il resterait alors à expliquer pourquoi cette miséricorde ne s'étend pas jusqu'à Tantale. Ou si la mort apaise les haines des hommes, tandis