V. 1680 et suiv
2. Oreste reproche aux dieux « de venger un forfait par un forfait » (v. 709), et de rendre impuissante la volonté du bien chez l’homme auquel ils ont destiné le mal. Tel est aussi le contenu du chant des Parques et la portée que la dernière rédaction de la pièce lui donne avec plus de netteté et de puissance tragique que les trois autres. En effet, si la matière de ce chant reste identique en À et en D, l’additron des vers 1712-18 parait modifier sa signification dans. le drame. Dans les trois premières rédactions, Iphigénie se demande « pourquoi l’ingratitude ne lui semble pas, comme à tant d’autres, une faute légère ct pardonnable », et, sans aucune transition, elle rappelle ce qu'ont chanté les Parques lorsque Tantale fut précipité du siège d’or. Il est impossible de croire que Gœthe ait, par trois fois, sous-entendu ce qui, dans la rédaction définitive, est l'essentiel du monologue. Au lieu de supposer cette ellipse inadmissible, il nous faut oublier la suite des idées telle qu’elle est imprimée dans notre mémoire. Nous trouvons alors l’enchainement suivant : « Je me vois, pour sauver mon frère, réduite à tromper el à voler, c’est-à-dire à perdre cette: pureté qui devait être le rachat de ma famille. Pour moi l’ingratitude est un. crime d'une autre gravité que pour les autres. Cette dure nécessité où je me trouve est une suite de la malédiction des dieux, qui sont implacables ». Nous. constatons donc, pour ce chant des Parques, une sorte de renversement de valeur, selon que nous le lisons en A ou en D. Dans la première rédaction, il exprimait la haine des dieux contre les Tantalides : dans la rédaction, défini tive il fait ressortir, au contraire, l’aversion dont les dieux nouveaux sont l’objet de la part des antiques déesses de la justice.
rapproche de nous dans ce moment de faiblesse. Mais la «tentation » d'Iphigénie ne nous rend que plus sensible la profondeur de sa piété : son rôle n’est qu'un perpétuel acte de foi. Elie est confiante dans la bonté des dieux, car Diane n'a pas voulu sa mort et l'a sauvée '; l'homme, d’après elle, ne fait qu'attribuer aux dieux sa propre cruauté ?, l’offrande qu'ils aiment, c'est le culte d’une âme pieuse; ils protègent l'homme vertueux dont’ ils font se multiplier la race, et volontiers ils prolongent la vie fugitive du mortel pour lui donner la joie de contempler avec eux leur ciel éternel*. Lorsque Oreste s’est fait connaître, Iphigénie adresse aux dieux comme un cantique d'actions de grâces, admirable d'enthousiasme et d'élan : « Comme on connaît un roi à l'abondance de ses dons.…., ainsi l’on vous connaît, à dieux, à vos présents ménagés, müris avec une lente sagesse; car vous seuls savez ce qui nous est utile, et votre regard embrasse le vaste domaine de l'avenir, alors qu'un voile de brouillard, nous cachant les étoiles, vient constamment borner notre vue‘ ».
On voit ainsi comment l'antique et le moderne se mêlent dans la pièce de Gœthe, notamment en ce qui regarde l’idée d’hérédité et la conception des dieux. Mais nous avons naturellement pris ce terme d’ « antique » dans un sens très déterminé. Il à représenté pour nous l'esprit des légendes que Gœthe met à la scène et qu'on retrouverait, par exemple, sans altération chez un poète comme Eschyle ou chez un historien comme Hérodote’. Peu nous importait donc que cette solidarité de la famille, cette malédiction transmise de l’aïeul aux descendants fût déjà condamnée comme injuste par Euripide, ou que celui-ci, proclamant qu'aucun dieu n'est méchant sous peine d'être en contradiction avec sa propre nature”, eût « contribué à répandre une conception plus