V. 744 et suiv
2. Cf. Spinoza, IV, prop. LIV. « Le repentir n’est point une vertu, où, en d'autres termes, il ne provient point de la raison; au contraire, celui qui se repent d’une action est deux fois misérable ou impuissant. »
3. Slier parle non de salut, mais de pardon, ce qui nous éloigne des données de la pièce et des sentiments d’Oreste. Car ii s’agit ici des conditions nécessaires non pour que la divinité fasse remise d'une faute, mais pour qu'un
coupable, que ses déchirements intérieurs rendent impropre à la vie, soit rendu à la santé morale et à l’action.
nous par la vertu d'une humanité supérieure, c'est-à-dire par l'amour et par la pureté. Nous devons cependant nous garder de donner à la guérison d'Oreste une interprétation purement mystique : l'humain et le divin sont intimement mêlés dans Iphigénie, mais ce que Gœthe a voulu nous montrer, c'est moins une médiation entre un coupable et la divinité que l’action directe d’une âme sur une âme. [phigénie ne peut toutefois s’attribuer cette sorte de pouvoir psychique : elle rapporte tout aux dieux, et ne croit posséder qu’un pouvoir d'intercession. Il convient d'insister sur ce point et de nous tenir d'aussi près que possible au texte de Gœthe : il est en effet peu de questions où la fantaisie se soit plus librement donné carrière. L'idée qu'Iphigénie se fait de sa mission s'exprime notamment en deux passages. Lorsqu'Iphigénie ne peut se faire reconnaître d’Oreste, que le délire aveugle, elle s’écrie : « Ah, si le sang maternel que tu as répandu crie sourdement vers les enfers, la parole de bénédiction d'une sœur innocente ne fera-t-elle pas descendre sur toi de l'Olympe le secours des dieux ‘? »
Et lorsqu'elle se voit presque contrainte au mensonge : « J'espérais donc en vain, préservée ici de la destinée de ma famille, pouvoir un jour, d’une main pure et d’un cœur pur, laver de ses souillures la maison de mes pères! ? » L'idée qui doit se dégager pour nous de ces vers, c’est que la pureté d'Iphigénie lui permettra d'offrir un jour des sacrifices de purification agréables et que les dieux écouteront une voix pieuse s'élevant en faveur d’un coupable. Faute de serrer de près ces textes, les meilleurs critiques d’Zphigénie leur ont attribué une signification qu'ils n’ont pas. K. Fischer, dans un chapitre de sa remarquable étude intitulé : Das stellvertretende Leiden, croit trouver dans la pièce de Gœthe tout le mystère chrétien. Il nous montre la substitution qui s'opère soit dans le cas du repentir, où c'est un homme nouveau qui souffre pour l’ancien, soit dans le cas d’une âme innocente qui souffre pour les fautes de ceux qu'elle aime, et