Conversations avec Eckerm, 2 mars 1831. Cf. p
faculté, au XX° livre des Mémoires, nous font voir qu'il n'en est rien :. De toute manière, il y a dans l'influence d'Iphigénie un véritable mystère, et ceci nous explique pourquoi tant d'analyses ingénieuses ne nous rendent qu'un compte insuffisant de la guérison d'Oreste. L'erreur est de présenter cette guérison comme une sorte de cérémonie logiquement ordonnée, dont chaque rite a son efficacité, et dont la marche suit une progression évidente. En réalité, si certains moments de la purification d'Oreste sont pour nous d’une parfaite clarté, il en est d’autres que nous nous représentons par simple conjecture, et au sujet desquels les critiques diffèrent quelquefois d'opinion. Nous sentons, par exemple, qu'en faisant à Iphigénie le récit de son parricide, Oreste éprouve une douleur qui doit servir à sa guérison, et que son paroxysme de fureur est une convulsion salutaire, qui aide à sa délivrance. Mais tout n’est pas aussi clair dans cette marche d'Oreste vers la croyance qui lui donnera le salut*. Ces difficultés s'expliquent aisément d’après les -observations qui précèdent : Iphigénie, nous l'avons vu, croit à une action extérieure appelée par les prières qu'elle adresse aux dieux d’un cœur pur; mais, pour le poète, le contact de cette pureté est l'élément essentiel de la guérison : ce qu'Iphigénie regarde comme la condition du miracle a, par soi-même, une force qui l’accomplit.
1. Es sind nicht immer die vorzüglichsten Menschen, weder an Geist, noch an Talenten, sellen durch Herzensgüte sich empfehlend.
2. Parlant de la vision qui lui montre Agamemnon et Clytemnestre s’avancant la main dans la main, P. Richter (Zur Dramaturgie des Aeschylus, p. 254) dit que « cette représentation éveille chez Oreste la croyance au pardon et à la réconciliation » : il serait plus juste de renverser la formule, car cette vision de paix s’explique par les idées d’Oreste que pénètre déjà l'influence d’Iphigénie. Nous ne rappelons cette opinion que pour montrer, à l’appui de notre dire, comment la succession des états et des sentiments d’Oreste est diversement interprétée; de mème dans le passage (cité plus haut) où Iphigénie demande si sa parole de bénédiction ne doit pas appeler sur son frère le secours divin, les uns (Schômann par exemple), voient un appel à la divinité, une prière où Iphigénie implore le salut d’Oreste en faveur d’elle-même; d’autres (par exemple P. Richter) ne voient là que des paroles propres à rendre au désespéré le calme et la confiance en des puissances bienfaisantes. La prière
qui précède immédiatement la guérison d’Oreste est susceptible aussi de cette double interprétation.
Telle estla matière psychologique que Gæœthe soumet d'une façon constante à la loi d'équilibre et de symétrie. Nous devons dire maintenant comment est appliquée cette loi, et quelle est sa convenance à la conception de la pièce. ‘Gœthe devait être particulièrement frappé par cette symétrie familière à la tragédie grecque et qui lui est commune avec les arts plastiques. Sans doute il n'a pu soupçonner jusqu'où s’étendaient les correspondances des parties dialoguées : les philologues de son temps n'avaient pas approfondi cette étude qui a complété, dans une certaine mesure, notre idée de la tragédie grecque, non sans donner lieu à des erreurs et à des excès. Gœthe ne soumet pas des scènes entières à la loi de symétrie, mais il en use avec à-propos, et tire d'heureux effets du parallélisme de certaines parties de dialogues.
Les stichomythies, chez nos tragiques, servent ordinairement à marquer des conflits de volontés, et c’est aussi l’emploi général qu'en fait Gœthe. Mais le lyrisme dontson drame est pénétré se retrouve même dans ces formes de dialogue, qui lui semblent cependant mal appropriées, en sorte que l’on pourrait établir — en dehors de toute suite dramatique — comme une éehelle de stichomythies où le conflit paraîtrait s'atténuer de plus en plus jusqu’à faire place à l'expression indépendante et purement lyrique du sentiment individuel. A la fin de la grande scène du premier acte entre Iphigénie et Thoas‘, nous voyons un engagement très vif, un croisement de ripostes très bien amené et justifié par le crescendo de la scène. C’est avec la plus grande douceur qu'Iphigénie a repoussé l'offre da Thoas, mais celui-ci s’est exaspéré de cette résistance, jusqu'à dire brutalement : « Ne savais-je pas, en venantici, que j'aurais affaire à une femme? » L'emportement de Thoas rend le débat plus vif, mais tandis que la parole du