Evers, 0. L., p
le 18 octobre 1786 il trouve le plan de son /phigénie à Delphes et ce travail vient interrompre son remaniement de la première Iphigénie‘. Voici l'argument du nouveau drame, tel qu'il nous est donné dans le Voyage en Italie : « Electre, dans l'espoir certain qu'Oreste apportera à Delphes? la statue de Diane Taurique, vient au temple d’Apollon, et consacre au dieu, comme offrande d’expiation définitive, la hache cruelle qui a causé tant de maux dans la maison de Pélops. Mais voici, par malheur, qu'un Grec vient à elle : il lui raconte qu'il était le compagnon d'Oreste et de Pylade en Tauride, et qu'il s'est sauvé après avoir vu les deux amis conduits à la mort. Electre, la passionnée, ne se connaît plus, et ne sait si elle doit tourner sa rage contre les dieux ou contre les hommes. — Cependant Iphigénie, Oreste et Pylade sont arrivés également à Delphes. La pure sérénité d'Iphigénie fait un frappant contraste avec la passion terrestre d'Electre, quand toutes deux se rencontrent sans se connaître. Le Grec fugitif aperçoit Iphigénie, il reconnaît en elle la prêtresse qui a sacrifié les deux amis, et la dénonce à Electre. Celle-ci est sur le point d’immoler sa sœur avec la hache même qu'elle a saisie de nouveau sur l'autel, quand une heureuse diversion vient épargner aux deux sœurs ce malheur affreux. » « Si cette scène réussit, ajoute Gœthe, on n'aura guère vu sur le théâtre rien de plus grandiose ni de plus émouvant. »
Le projet, comme l’a montré Vahlen”, est inspiré d'une fable de ce recueil d'Hygin que Gœæthe disait n'avoir jamais ouvert sans plaisir *. Hygin paraît avoir contaminé les arguments de deux tragédies : une Zphigénie à Delphes, dont le sujet est sensiblement le même que celui du projet de Gæthe, et une Érigone* (sans doute celle de Sophocle) où l’on voyait la fille de Clytemnestre et d'Égisthe menacée de mort par
1. Lettre à Mme de Stein du 18 octobre, et Voyage en Italie, 19 octobre.
2. Elle doit entendre, en effet, l’oracle Bringst du die Schwester : « Si tu rends Diane à son frère Apollon »; Oreste ira donc directement à Delphes,
3. Aristoteles und Gœthe. Sitzunsgsberichte der philosophisch-historischen Klasse der Wiener Akademie. Bd. 75, p. 222.