‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 124 sur 270 · IPHIGÉNIE A DELPHES. — NAUSIKAA · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE A DELPHES. — NAUSIKAA

celle de son poète mélancolique; mais nous ignorons jusqu'où son travail à été poussé, et si la méditation lui donne tout ce qu'il s'était promis du sujet. Ce qui l'avait séduit, c’est la scène terrifiante où Électre reconnait sa sœur qu'elle allait frapper; cette reconnaissance est, en effet, de celles qu'Aristote tient pour les plus pathétiques! : c'était assez pour frapper l'esprit de Gœthe, mais non pour le déterminer à écrire une pièce entière.

Nausikaa.

De l'automne de 1786 au printemps de 1787, les journaux de voyage et la correspondance de Gœthe le montrent occupé d’une tragédie d'inspiration antique, et dont les voyages d'Ulysse lui ont fourni le sujet : « T’ai-je dit, écrit-il de Giredo le 22 octobre 1786, que j'ai fait le plan d’une tragédie : Ulysse à Phéa*? Une idée bizarre, qui, peut-être, réussira ». L'attrait de ce nouvel ouvrage est même assez fort pour que Tasso passe, un moment, au second plan. C’est que le poète s’identifie en pensée au personnage d'Ulysse : il se regarde comme un voyageur errant” qui cingle vers le port, sur une mer violemment agitée * : comme Ulysse, « il voit bien des cités, et éprouve les dispositions de beaucoup d'hommes »; pour des natures profondément sensibles, tous ces contacts ne sont pas sans dangers : des amitiés se nouent

1. Cf. Vahlen, o. l. — Aristote (chap. x1v, p. 1454) cite le Kresphonte d'Euripide, où Mérope reconnait son fils, au moment de le frapper. — On a parlé, avec raison, d’une influence de la Mérope de Voltaire sur cette conception d’Iphigénie à Delphes. Biedermann (Gæthe-Forschungen. Neue Folge, p. 155 et suiv.) a même pensé que l’abandon d’Elpénor pouvait s'expliquer par l’analogie de ce drame avec le nouveau dessein de Gæœthe. Mais la grande seène d’Iphigénie à Delphes ne pouvait guère, d’après ce qu’on a vu plus haut, se retrouver dans Elpénor.

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