Ibid., p
4. Je ne signalerai que pour mémoire l’opinion de Lücke (Gæthe und Homer, p. 15), d’après laquelle le schéma ne nous donnerait pas le plan de Nausikaa, mais celui d'Ulysse à Phéa, qu'il faudrait rapporter non au printemps de 1787, mais à l'automne de 1786. Lücke voit dans son hypothèse le seul moyen plausible d'expliquer la confusion des noms donnés dans le schéma, ou, tout au moins, les difficultés de leur attribution. Biedermann un des premiers (Gæthe- Forschungen, 1875) a montré que ces difficultés pouvaient aisément se résoudre. L'identité de Xantha et d'Eurymédousa, celle de Néoros et du fils d’Alkinoos, sont de toute évidence. Si, dans l’esquisse, Nausikaa porte le nom d’Arété, c'est que Gæœthe avait de l’épisode homérique un souvenir un peu vague. On s’est toutefois demandé s'il n'aurait pas substitué le second de ces noms au premier pour de simples raisons de prosodie. — Quoi qu'il en soit de ce point particulier, nous ne jugeons pas nécessaire de nous attarder à la réfutation de l’hypothèse de Lücke. Notons seulement un détail typique : dans cette esquisse
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Le premier acte commence par le jeu de balle. Cette scène d'introduction est très courte : les jeunes filles ne font, pour ainsi dire, que passer en courant, et Nausikaa ne paraît pas avec elles : nous ne la verrons que dans la troisième et la quatrième scènes. Mais nous apprenons par ses compagnes qu'elle est un peu songeuse et triste; son dialogue avec Xantha (Eurymédousa) nous en dira la raison. Aussitôt que les jeunes filles ont quitté la scène, Ulysse, que leurs cris ont réveillé, sort de la grotte où il s'était endormi. Le passage où il se demande dans quel pays il se trouve, et si les voix quil vient d'entendre sont celles des Nymphes, est très directement inspiré d'Homère ?, Gœthe introduit ici avec à-propos, comme complément d'exposition, un rappel des « erreurs » et des souffrances qui ont suivi le départ de Troie. Puis, voyant s'approcher deux femmes, Ulysse se cache : il attendra, pour se montrer, l’occasion favorable.
Nausikaa paraît alors avec Eurymédousa. Au moment où l'on va retourner à la ville, la vieille intendante demande à la jeune fille, qui n’a pas pris part au jeu, pourquoi elle se tenait ainsi pensive à l’écart. Le motif, dans les fragments exécutés par Gœæthe, est un songe de Nausikaa : ce songe, « qui ressemble à un souhait », lui a représenté comme prochain le temps des fiançailles. Mais nous avons ici l'influence d'une récente lecture de l'Odyssée? : dans le schéma, qui est antérieur, nous l’avons vu, à l'achat de l'exemplaire d'Homère, qu’on voulait faire remonter à 1786 se trouve l'indication Delphinen (II, 2) qui
rappelle un détail du Voyage en Italie, une traversée faite Le dimanche 1° avril
1. Scherer, se souvenant qu'Ulysse est nu dans la scène homérique, et jugeant (avec raison, sans aucun doute!) qu'il n’en peut être ainsi dans notre drame, suppose qu’il parle ici tout en restant dans la grotte, et en se penchant au-dessus d’un rocher qui le cache à moitié. Max Morris fait observer « que, dans la deuxième scène, il a paru devant des spectateurs modernes, plus prompts à s’effaroucher qu’une fille de roi des temps antiques ». Il est donc plus simple de supposer qu'Ulysse a des vêtements déchirés.
2, Od., VI, 119 et suiv.