‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 129 sur 270 · VI, 25 et suiv · texte numérisé non relu

VI, 25 et suiv

les rêveries de Nausikaa sont autrement motivées : un riant paysage de printemps éveille dans l’âme de la jeune fille les pressentiments d’un avenir qui la trouble; l’esquisse porte les indications : temps des fiançailles, père, mère: on peut se demander si Nausikaa pense à sa mère, qui n’est plus (Gæthe la fait orpheline, à dessein), et à son père qu'il faudra quitter ; mais comme Gœthe doit plutôt nous montrer la pensée de la jeune fille tournée vers cet amour qu'elle va bientôt éprouver, il est plus vraisemblable d'admettre, avec Scherer, qu'elle se rappelle ici ce que son père lui a conté de l'heureux temps de ses fiançailles. Elle revoit aussi ces couples, quelquefois rencontrés, « qui se regardent en silence’ », et cette songerie emplit ses yeux de larmes. C'est alors que paraît Ulysse : il a passé la nuit sous des feuilles, tel le tison qui couve sous la cendre et auquel on peut rendre la flamme et la vie”; il demande un secours, que Nausikaa lui promet. L'’esquisse porte à cette place un mot qui a son importance, et qui ne figurait pas dans l'édition de Riemer : Angesehen ; ici comme dans le récit d'Homère, la jeune fille a pour le héros un regard de sympathie et d’admiration *. — Resté seul, Ulysse songe à se conduire de la façon la plus prudente : il taira son nom « qui ne sonne guère mieux que celui d'un valet », et ne dira pas qu'il est marié, de peur, sans doute, de perdre l'appui des femmes. [l'est à croire aussi que le regard de la jeune fille ne lui a pas échappé. De toute manière, son excès de prudence sera la faute initiale d'où sortira le dénouement tragique. — Ici finit le premier acte, qui donnait, on le voit, une excellente exposition du sujet, et faisait bien pressentir la suite de l’action.

Le scénario du deuxième acte nous montre d’abord un

Page 1