Vie de Sophocle. Cf. Kont, o. L., I, p. 109 et suivantes
2. Ses arguments sont, en effet, très peu solides : il lui semble que la matière de la pièce est « tragi-comique ».
3. Die Griech. Trag., 1, p. 227. Welcker croit pouvoir, d’après le témoignage d’Eustathe (JI., IL, 54, p. 381) ranger Nausikaa dans la poésie tragique. Sur le. contenu de la pièce, il fait de vagues hypothèses qui nous laissent le sentiment plus net de notre complète ignorance.
4. CF. Nauck (0. L., p. 278). Welcker rapporte aux Phéaciens les fragments 777 (sur les Sirènes) et 880 (rapprochement de ’Oôvoceÿs-o8ocoua). Les mêmes fragments sont rapportés par Brunck aux Niptra.
et les Phéaciens aient fait partie d’une trilogie, la matière de cette trilogie se serait trouvée condensée dans notre drame. Mais il est peu probable que Gœæthe ait eu connaissance des fragments de Sophocle : la dissertation de Lessing, qui aurait pu attirer son attention sur eux, ne fut publiée qu'en 1790, par Eschenburg*.
Ce qui, dans la Nausikaa de Gœthe, paraît le plus conforme à l'esprit du drame antique, c'est la fatalité par laquelle est amenée la catastrophe « d’une façon naturelle et nécessaire ». Le malheur de la jeune fille vient de la ruse d'Ulysse qui s'est montré prudent à l'excès : il a cru son succès plus assuré s'il cachait son nom et se donnait pour non marié; le malheur est venu par sa faute : la simple vérité l'aurait conjuré. Aïnsi les dieux « ont trompé les prévisions des hommes, et frayé la voie aux événements qu'on attendait le moins »; cette pensée qu'on retrouve à la fin de plusieurs tragédies d'Euripide? aurait pu servir d'épilogue à la MVausikaa de Gœthe. De ces erreurs des prévisions humaines, de cet aveuglement qui se prend pour sagesse devait sortir une ironie tragique dont l’amertume est surtout sensible dans la grande scène du cinquième acte, entre Ulysse et Alkinoos. Scherer remarque avec raison que la conception générale de la pièce de Gæthe s'accorde avec les idées développées par Herder dans l’article Némésis, du deuxième volume des Zerstreute-Blätter (1186) : Gœthe avait emporté ce volume, qu'il lisait et vantait, et où se trouvait une intéressante étude de la loi de mesure chez les Grecs. C’est cette loi que méconnaît Ulysse, trop confiant dans son esprit de ruse : il est bien le héros d'Homère auquel Athéna reproche de ne pouvoir s'abstenir « des contes et des tromperies adroites, qu'il aime du fond du cœur »*.
C'est donc Ulysse qui, coupable et innocent à la fois*, ainsi que le dit Gœthe, a causé le malheur de ses hôtes.
4. Cf. Kont, o. L., et H. Schreyer, Fortleben, etc., p. 48. 2. Alceste, Andromaque, Bacchantes, Hélène, Médée. 3. Odyssée, XII, 294-5.