Halb schuldig, halb unschuldig, Ital. Reise, 8 mai
On a pensé que ce dénouement pénible et injuste, où l’auteur du mal est le seul qui n’en souffre pas, nous donnait la vraie raison pour laquelle le poète a laissé son drame inachevé‘. Le théâtre, a-t-on dit, n’admet que difficilement le coupable impuni? : « Si le mal involontaire n'est pas réparé, celui qui l’a causé doit au moins partager en quelque mesure le malheur de sa victime? ». Il faut reconnaître qu'il eût été difficile à Gœthè de réaliser dans son dénouement cette stricte justice. Et, à vrai dire, la douleur éprouvée par Ulysse pouvait passer pour une punition suffisante, si l'on veut appliquer ici cette prétendue loi, qui est fort contestable‘. — Nous devons donc chercher ailleurs la raison qui fit abandonner à Gœthe sa tragédie commencée. On n’explique évidemment rien en supposant qu'il avait hâte d’achever d'anciens travaux : la vraie raison doit être cherchée, comme l'a fait Cart, dans l’état d'esprit du poète. Lorsqu'il conçoit l’idée de son drame, il est sous l'impression magique d'un pays qui l’enivre de parfums, de couleurs et de lignes harmonieuses : or, si son expérience personnelle lui fait vivement sentir les dangers d'une vie errante et la tristesse des amitiés qu'il faut rompre aussitôt nouées, ces impressions peuvent lui inspirer de la mélancolie : elles ne le disposent pas à mener à sa fin une pièce à dénouement tragique. Au contraire, le sujet de Nausikaa est en désaccord avec ce motif du renoncement qui est, — nous l'avons vu, — à cette époque, la grande loi de la vie morale de Gœthe. On nous dit que, dans Tasso, « celui qui souffre d’un amour malheureux renonce ou désespère, et pourtant
1. Bossert, Revue polit. et litt., 11 oct. 1879. Essais sur la litt. allem., p. 197.
2. Et non « le coupable innocent » ainsi que le veut Cart (0. L., p. 153), qui se sert ici mal à propos du mot de Gœthe rappelé plus haut.