‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 140 sur 270 · Notamment vers · texte numérisé non relu

Notamment vers

4. L’Ajaz de Sophocle nous en montre un exemple frappant (v. 668-676) : le morceau serait étrange s’il était prononcé avec sincérité, mais en réalité, le poète, en mettant dans la bouche du héros ce lieu commun qui a la fausse apparence du lyrisme, veut nous rendre la dissimulation encore plus évidente. Un morceau d’un mouvement différent mais d’un caractère analogue est le discours par lequel Klytémestre accueille le retour d’Agamemnon. (4g., 893-903 et 966-972).

dans la séparation de ces deux éléments : le drame moderne ne peut que les mêler à son grand préjudice. C’est le cas de Tasso, où le déploiement du lyrisme est pourtant sublime. On songe à Calderon qu’on a pu étudier comme poète lyrique‘ sans chercher des documents ailleurs que dans ses œuvres de théâtre. Mais dans le drame de Gœthe le lyrisme n'est pas une maladie du style?, voisine de l'emphase : c’est une exaltation qui élève le personnage au-dessus de l’action et de lui-même. Peu de sujets s’y prêtaient, il est vrai, mieux que Tasso : Si l'on excepte Antonio, tous les personnages sont épris d’un idéal qui les soulève de terre et fait d’eux, en quelque façon, des poètes. C’est ce qui nous frappe même chez Léonore à qui l’on a pourtant reproché d’avoir, dans certaine scène, la mine d’une intrigante, et dont Tasso trouve la bienveillance trop étudiée. Ce n’est pas un homme qu’elle aime dans le poète, c’est l'idéal et le plus haut objet d'amour. Écoutons-la décrire, dans la première scène, le paysage printanier de Belriguardo : « Autour de nous, c'est un monde nouveau; déjà nous réjouit l'ombre de ces arbres toujours verts, déjà revient nous charmer le frais murmure de ces fontaines; bercés au souffle matinal, se balancent les jeunes rameaux: les fleurs des parterres nous regardent en amies avec leurs yeux d'enfants; le jardinier découvre sans peur la serre où s'abritaient contre l'hiver les’ citronniers et les orangers; le ciel bleu dort au-dessus de nos têtes, et, vers l'horizon, la neige des montagnes lointaines se dissout en légère vapeur*. » Ce passage est lyrique en ce que le personnage ne se borne pas à décrire pour celui qui l'écoute : il se complaît et s’abandonne longuement aux impressions que la nature éveille en lui. « Le lyrisme, a-t-on dit, est l'expression par la parole, par Le rythme et par l'accent de ce qu'il y a de plus intime et de plus profond chez le poète‘. » Chez un

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