‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 141 sur 270 · Notamment Lista · texte numérisé non relu

Notamment Lista

2. Un curieux exemple dans La vie est un songe, journée 1, scène HI.

4. Brunetière, La Littérature européenne au XIX® siècle. R. d. 2 M. 1° décembre 1899, p. 658.

personnage de drame, nous appellerons lyrisme l’effusion du sentiment intime, opposée à l'exercice de la volonté dirigée consciemment vers une fin‘.

Tasso mis à part, le personnage à qui le poète prête le plus de lyrisme est la Princesse. Son amour de l'idéal et du rêve la dispose à ces effusions et à ces extases; elle se plait à vivre en pensée dans l’âge d’or des poètes; sa sensibilité exaltée donne une forme concrète à ses impressions. Voici comment, rappelant sa longue maladie, elle retrace et revit, pour ainsi dire, une hallucination : « Les ailes étendues, planait à mes regards le spectre de la mort : il me cachait la vue de ce monde, toujours nouveau pour moi; il s’éloigna peu à peu, et je pus entrevoir, comme à travers un crêpe, les couleurs variées de la vie, pâles, et cependant agréables; je voyais des formes vivantes s'élever de nouveau, et se mouvoir doucement à mes yeux. » Le même rôle contient des comparaisons d’un caractère nettement lyrique, tandis que d’autres, dans la bouche de tel autre personnage ne sont que l'illustration d’une sentence, et gardent le caractère dramatique”. À Léonore qui approuve l'attachement durable qu'elle a voué à Tasso, la Princesse répond : « Redoutable est le beau et la perfection même : telle est la flamme, si précieuse tant qu'elle brûle à ton foyer, tant qu'elle brille pour toi, du haut d’un flambeau; comme alors elle est bienfaisante! qui voudrait, qui pourrait s’en passer? Mais si, mal. surveillée, elle se prend à dévorer ce qui l'entoure, que de malheur ne peut-elle pas causer! » Sans doute, la Princesse ne peut exprimer que d’une façon détournée un sentiment dont elle voudrait cacher la vraie nature : elle a même comme un remords d'en avoirtrop dit: mais comme on sent ici qu'elle se parle à elle-même! Son amour, né de l’admiration du beau, se trouve justifié par cette origine, et la noble

1. Le monologue d’Auguste, où s’épanchent cependant des sentiments intimes, est dramatique; les vers que prononce Tasso après: avoir reçu la couronne de laurier forment un morceau lyrique. Les stances du Cid n’ont du lyrisme que la forme.

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