P..ex. V, II, v. 3073/"et suiv
excuse qu'elle se donne lui dicte ces mots qui s'adressent à sa conscience bien plus qu'à Léonore : « qui voudrait, qui. pourrait s'en passer? »
Si Gœthe prête à son personnage de Tasso un langage lyrique, c'est souci de vérité, autant que prédilection. Son poète vibre, en effet, comme un cristal sonore : il perçoit l'harmonie de la nature et nous la rend sensible, l’enthou siasme lui fait perdre la conscience de la réalité : « Réveilletoi, réveille-toi », s'écrie Léonore, lorsque le don de la couronne de laurier vient ravir Tasso en une sorte d’extase où tout sentiment du présent paraît aboli. Son langage est riche de comparaisons lyriques; la plus frappante se trouve à la fin du cinquième acte : elle est d'autant plus belle qu'elleexprime une douleur profondément humaine, et que son ampleur nous rend, pour ainsi dire, sensible, le bouleversement de l'âme de Tasso. Une image vient naturellement à l'esprit du malheureux poète : c’est celle d’une tempête qui l’a durement
ballotté : Antonio est le récif, et lui-même est la vague qui trouve un avantage dans sa mobilité; mais cette idée ne se prolonge pas : Tasso a trop le sentiment de son malheur : « Dans cette vague, dit-il, se mirait le soleil; les astres reposaient sur ce sein doucement agité; l'éclat a disparu, le calme s’est enfui ». Et maintenant la comparaison se modifie sans sortir de ces images : c'est un marin dont le navire s’engloutit dans les flots, et qui s'attache au récif même qui semblait devoir le faire échouer. — Nous voyons donc une image qui s'est emparée de l'esprit de Tasso et qui se transforme en suivant les mouvements de sa pensée. C'est assurément un des plus beaux morceaux lyriques de Gœthe.
Si l’on fait abstraction de ce lyrisme, la pièce, par presque tous ses caractères, est conforme au type général de la tragédie classique. Les trois unités sont observées : c’est moins, en effet, sur l’unité d’action que sur l’unité de dessein que la critique à fait des réserves. La scène représente tour à tour un jardin, une salle, une chambre, mais elle ne sort pas de la