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2. Wagner, qui admirait profondément le drame de Gœæthe, pense que le malheur de Tasso vient de son aptitude « à voir tous les cas dans un seul », et à épuiser, en quelque sorte, ce que chacun d’eux peut enfermer de souffrance : comme il est poèle, cette vision des choses est immédiate en lui, et le rend « inintelligible » aux autres. Le véritable conflit du drame est, selon Wagner, non pas entre Tasso et Antonio, mais entre Tasso et la Princesse. Car sans
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Que le drame de asso n'ait rien d’antique si ce n’est, pour ainsi dire, sa conception formelle, il serait maintenant superflu de le démontrer longuement. Le sujet n’est pas seulement moderne", il est aussi romantique, etJ.-J. Ampère, avec l'entière approbation de Gæthe, a pu rapprocher Tasso de Werther. L'idée du génie poétique marquant certains hommes d’un « sceau fatal » et les mettant en complet désaccord avec la vie est une idée tard venue. L’antagonisme de la rêverie et de l’action a sa raison dans la nature même, mais il nous frappe davantage dans la société moderne, où il semble devenu plus aigu et plus douloureux. A quelles conditions nouvelles faut-il l’attribuer? Est-il vrai « qu'autrefois, en des temps que la Renaissance a clos pour jamais, la société, loin d’être réfractaire à l'éclosion de la poésie, la favorisait de toutes parts » et que la réalité, loin de troubler le songe d'un poète ou d'un mystique, semblait au contraire le prolonger * »?11y a dans cette explication une part d'illusion avec une part de vérité : la souffrance du poète ne s’est pas seulement accrue parce que « la vulgarité et la platitude tiennent plus de place par le monde », et parce quele poète, en rappelant les hommes aux sentiments généreux, a moins de chances
doute, Antonio ne comprendra jamais Tasso, mais une sorte d’accommodement où de compromis est possible entre eux, tandis qu’on ne voit point comment pourrait se résoudre l'opposition entre Tasso et ia Princesse : « Comme il s’agit ici de souffrance, la femme a l'avantage. Tasso se mettra-t-il à son école ? Son emportement me fait plutôt craindre pour lui la démence. C’est ce que le poète a fait merveilleusement pressentir ». (Richard Wagner an Mathilde Wesendonk, 1853-1871. Duncker, 1904, 9e Aufl., p. 68-9, 15 avril 1859.)
1. Les anciens parlent de l’extase du poète, de sa possession par la divinité, etmème d’une sorte de délire (Platon, Phèdre, p.245 A ; lon, p.533-4), mais ils n’ont jamais pensé au déséquilibre que ces ébranlements peuvent produire et laisser dans l’âme : c’est qu'ils n'imaginaient pas qu'il y eùt continuité entre la vie ordinaire et l’état d'inspiration : un dieu se révèle par la bouche du poète qui change, pour ainsi dire, d'âme, quand la divinité pénètre en lui. Et cette possession est tenue pour un bienfait : les rapports de la Muse avec le poète sont « ceux d’un maître avec son disciple, ou d’une mère avec son enfant ». (Decharme, dans sa thèse sur les Muses, p. 52.)