‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 149 sur 270 · Paléologue, À. de Vigny, p · texte numérisé non relu

Paléologue, À. de Vigny, p

que jamais de se faire entendre; mais en même temps que l'univers s'élargissait devant sa contemplation, son âme se creusait aussi, pour ainsi dire : elle devenait plus profonde, plus complexe, plus riche d'idées et de sentiments, c'est-àdire plus capable de souffrir; et c’est au moment même où elle cherchait plus d'espace que son champ d'action se rétrécissait. Dès lors il était naturel qu'elle prît en dégoût cette réalité, si différente de son rêve, et qui refusait de se modeler d’après lui. Nous parlions plus haut de héros romantique : on pourrait, eroyons-nous ‘, non seulement rapprocher de Tasso le Chatterton de Vigny, mais montrer par plus d’un indice qu'il y à eu influence effective du premier sur le second. Ce dégoût de la vie qu'une réaction insuffisante de la volonté fait dégénérer en mélancolie et presque en démence, est le mal de Tasso comme de Chatterton. Gœæthe, qui pense à sa propre expérience, fait dire par Alphonse et par Léonore à son héros que « si le talent se forme dans la solitude, c'est dans le” monde que se trempe le caractère? », que « celui-là seul craint les hommes qui ne les connaît pas, et qu'en les fuyant on arrive bientôt à les méconnaître” »; il juge donc son poète, tandis que Vigny, dans son plaidoyer social, prend souvent le sien pour porte-parole. Il ÿ a pourtant entre les personnages de bien frappantes analogies. Chez l'un et l’autre se montre celte incapacité de se suffire à soi-même‘ quin est ici qu'un signe de la possession de tout l'être par le rêve. Nous avons vu plus haut avec quelle exactitude une partie de la préface de Chatllerton pouvait s'appliquer à Tasso. Et ce qui est commun aux deux personnages, ce n’est pas seulement la répugnance à l’action, c’est aussi le choc douloureux

1. C’est ce que nous avons essayé de faire dans notre article du Gœthe-Jahrbuch « Gœthe’s Tasso und Vigny's Chatterton » (XXIII, 1902).

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