Acte II, scène v
3. Février 1835, p. 428 : « Gœthe et OEhlenschläger, dit-il — très inexactement — ont voulu mettre à la scène le caractère d'un artiste méconnu ». Il en conclut, en son style : « l’inopportunité des poètes au théâtre ». Une traduction du Corrège d'OEhlenschläger avait été donnée l'année précédente par X. Marmier (tragédie en 5 actes, en prose, Paris et Strasbourg, 1834, in-8°). L'influence de Gœthe était très nettement marquée dans ce drame. Le Tasse, d'Alexandre Duval, était aussi fidèlement imité de la pièce allemande.
des drames contemporains'. Vigny avait sans doute apprécié, grâce au T'asso de Gœthe, l'avantage que l'on trouvait à traiter une semblable crise morale dans la manière sobre et condensée
- des classiques.
Le drame de Gœæthe, en effet, qui ne présente pas seulement un cas psychologique, mais une étude de forces concourant à un même but, et comme un problème de « dynamique » morale, semble avoir, sous certains rapports, moins d'analogie avec le drame ancien qu'avec notre tragédie classique. Si les ressorts de sa pièce étaient plus fortement tendus et unis entre eux, T'usso pourrait être rapproché de la tragédie de Racine. En réalité, il représente une forme intermédiaire entre le drame des Grecs et celui de nos classiques, par exemple entre deux conceptions tragiques telles qu'Hécube et Phèdre. Hécube offrirait, en effet, le même dessein général que la pièce de Gæthe : l'unité est dans l’âme du personnage principal, profondément affectée 4 deux moments successifs. Nous avons vu précédemment que c’est bien là le schème de T'asso : la première dépression se produit chez le poète après la querelle avec Antonio et l'arrêt du Prince; la seconde suit la proposition de Léonore et la fausse croyance de ‘TFasso à l'indifférence de la Princesse. Mais, à la différence de la tragédie d'Euripide et du drame grec en général, l’action extérieure à peu de place dans Tusso : Mme de Staël dit qu'elle est « à peu près nulle », et nous voyons en quel sens on peut l’admettre; mais il n’est que juste d'ajouter que cette action n'était guère nécessaire dans une pièce où les sentiments s'engendraient pour ainsi dire, d'eux-mêmes, et où l'impulsion extérieure pouvait se réduire au minimum. Tasso nous semblerait donc, par ce caractère, plus proche de la tragédie française : il en diffère cependant d'une manière