Briefw. zw. Sch. u. W. v. Humb., p. 185 et
sous le ciel lointain de la Grèce. Alors, devenu homme, qu'il revienne dans son siècle, comme une figure étrangère,
non pour le réjouir de son apparition, mais — terrible comme le fils d'Agamemnon — pour le purifier! » Schiller,
dans une lettre bien connue ‘, rappelle que Gœæthe a dà faire ce détour, suppléer par la force de sa pensée ce que la réalité lui refusait, et, pour ainsi dire, « enfanter une Grèce ». Au moment où les deux poètes se rencontrent et s'unissent, Gœæthe est conscient de son but, mais il vient de passer par quatre années de défaillance : l'influence de Schiller va — comme il le dit? — « lui donner une seconde jeunesse, et le faire redevenir poète, ce qu'il avait, ou peu s'en faut, cessé d'être ». Mais si les années 1795 et 1796 vont voir, en effet, s'achever Wilhelm Meister, paraître quelques-unes des plus belles poésies lyriques, les Xénies, etles premiers chants d'Hermann et Dorothée*, l'influence de Schiller‘ s’exercera plus profondément encore sur Gœthe théoricien. « Vous m'avez, dit Gœthe, de l'observation trop exclusive des choses extérieures et de leurs rapports, ramené à moimême : vous m'avez appris à regarder avec un sentiment plus juste la complexité de l’homme intérieur. » Or, toute philosophie de l’art suppose précisément cette philosophie de l'homme. C'est la doctrine de Kant, et surtout son esthétique, qui fait le sujet des premiers entretiens des deux poètes : dès septembre 1790 Gœthe parle, chez Kærner, de la Critique du Jugement téléologique, et en juin 1794, lorsque Gœthe verra Schiller à Iéna, c'est encore d'esthétique kantienne qu'il sera question. À vrai dire, Schiller dissuadait son ami de l'étude de Kant, « qui ne pouvait rien lui donner », disait-1l°; mais Gœthe passait outre à cet avis, et il parait