Gesp. mit. Eck., I
s'être toujours mieux entendu avec le Maitre lui-même qu'avec ses disciples‘. Il a pris, nous dit-il, de la doctrine ce qui pouvait lui convenir, et il nous serait facile, en effet, de retrouver dans la Critique du Jugement ce qui s'accorde avec l'esthétique et la poétique de Gœthe,
Une des questions dont Gœthe fut toujours très préoccupé est celle des rapports de l'Art avec la Nature, du sujet avec l'objet. La Critique de la Raison pure avait, dit-il, renouvelé « la vieille question » : « dans quelle mesure notre moi et le monde extérieur contribuent-ils à notre vie intellectuelle*? » La Critique du Jugement lui procura une des plus grandes joies de l'esprit qu'il ait jamais éprouvées : il voyait, en effet, « ses occupations les plus disparates placées à côté les unes des autres, les productions de la nature et de l’art pareillement traitées; les jugements esthétique et téléologique s'éclairaient mutuellement® ». « Les idées maîtresses de l'ouvrage, dit-il encore, répondaient entièrement à la façon dont j'avais toujours créé, agi et pensé; la vie intérieure de l’art comme celle de la nature, leur mutuelle action s’exerçant du dedans, étaient clairement exprimées dans l'ouvrage. Les productions de ces deux mondes infinis devaient exister pour elles-mêmes, ce qui coexiste était l’un pour l'autre, mais non pas, à dessein, l’un en vue de l'autre. » Gœthe mêle ici des réminiscences des deux parties de la Crivique du Jugement, mais on voit qu'il est particulièrement frappé par les deux sections ‘ où Kant montre : 1° qu'il y a entre une production de l'art et une production de la nature la différence d'une œuvre (opus) à un effet (effectus), et que le nom d'art doit s'appliquer proprement aux choses produites avec liberté, c’est-à-dire par une volonté qui prend la raison pour principe de ses actions; 2° que l'œuvre d'art doit paraître aussi indépendante de toute contrainte et de
4. Mehr als einmal begegnete es mir dass Einer oder der Andere mit lächelnder Bewunderung zugestand es sei freilich ein Analogon Kantischer Vorstellungsart aber ein seltsames (Zur Naturwiss. im Allg., p. 256, Gædeke).