Barni, p
2, Cf. V. Basch o. L., p. 403. Voir aussi p. 475.
non pas dans l'entendement ». Mais voici qu'il semble « pris de remords » : il parle avec dédain ($ xzvi) « de ces pauvres esprits qui croient faire preuve d'un brillant génie en se débarrassant de la contrainte des règles, et qui s’imaginent qu'on fait meilleure figure sur un cheval fougueux que sur un cheval dompté » ; et dans son chapitre sur l'Union du goût avec le génie, il déclare que, si, dans la lutte de ces deux facultés, il fallait sacrifier quelque chose, ce devrait être plutôt du côté du génie : « le jugement, dit:il,.… souffrira moins volontiers qu'on déroge à l’entendement qu’à la liberté et à la richesse de l'imagination ». Gœthe trouvait donc dans ces « remords » ou dans ces retours du grand philosophe une image de ses propres démarches, depuis l'époque héroïque jusqu à celle de la limitation volontaire de son génie ?.
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Les principes de l’idéalisme kantien dominent tous les articles et essais théoriques publiés par Gœthe de 1797 à 1804. Nous les trouvons notamment dans l’Introduction aux Propylées, où Gæthe résume brièvementles idées sur l’art qui lui tiennent le plus à cœur : « du moment que l'artiste s'empare d'un objet de la nature, celui-ci cesse d'appartenir à la nature », il reçoit « une valeur plus haute » ; un cercle est alors tracé : c'est celui de la régularité, de la perfection, du significatif, de l’achevé, où la nature enferme ce qu'elle a de meilleur, tandis qu'ailleurs, dans sa vaste étendue, elle dégénère aisément en laideur ou se perd dans l'indifférent. Mêmes principes dans Vérité et vraisemblance des œuvres d'art : Gœthe, dans un dialogue plein d'humour et de vivacité, distingue le vrai selon l’art, du vrai selon la nature : l'amateur véritable sent « ce qu'il y a de supra-terrestre dans le petit monde de l’art » : il vit d’une existence plus noble, en pré-
4. Barni, I, p. 274 et suiv. : ; 2, Cf. la formule frappante du Tagebuch (1° janvier 1778) : Bestimmleres Gefühl von Einschränkung, und dadurch der wahren Ausbreitung.
sence de cette œuvre surnaturelle qui ramène à l'unité les objets dispersés, et fait ressortir les plus communs dans leur importance et leur dignité. Enfin dans ce très eurieux opuscule : Le Collectionneur et sa famille, l'analyse kantienne de l'idéal ‘ sert de base à la théorie idéaliste que Gœthe oppose aux principes de Hirt, Nous parlerons plus loin de celte polémique. ,
C'est pendant cette période de recherche et d'analyse esthétiques (notamment sur la tragédie et sur l'épopée) que Gæthe et Schiller lisent la Poétique d'Aristote, Gœthe rappelle qu'il l'a lue trente ans auparavant, mais que l'ouvrage ne lui fut alors que lettre morte? : il le comprend maintenant, et le fait lire à Schiller qui s’enthousiasme; on sent néanmoins, à la manière dont ils en parlent, que beaucoup d'étonnement se mêle à leur admiration. Schiller déclare qu'avec un législateur d'esprit aussi froid et sobre (Nüchterner Kop}), il est rare qu'on ne perde pas le repos. Mais il s'est bien tiré de l'épreuve, et il s'en montre fier. C'est que ce « juge d'enfer » est redoutable à tous : l’art, le poète, la représentation sont pour lui des faits : c'est de ces faits qu'il part et presque jamais d'une idée, « et si ses jugements sont de vraies lois esthétiques, c'est qu'il y eut alors, par un heureux hasard, des œuvres d'art réalisant une idée au moyen du fait, ou donnant dans un cas individuel, une représentation parfaite de leur genre* ». Rien n'est plus juste, et Schiller à très bien caractérisé ce qu'il appelle Ia « manière rhapsodique » d'Aristote, fort éloignée de la « philosophie de la Poétique », à laquelle il s'est souvent essayé lui-mème, Mais nous nous étonnerions s'il ne trouvait pas dans ces remarques l'occasion d'attaquer nos Tragiques; de la nature de la tragédie Aristote a déduit sa forme immuable : de 1 vient, paraitil, que les Français, commentateurs, critiques et podtes, le
4 Cf, p. ex. p. 294 (Gœædeke) : Derek GarïTruNéesREaRIEE less DAn kalt, bas IpeaLe erhob ihn über sich selbst,
2. Lettre à Schiller du 6 mai 1797, I s'agit de la traduction de Curtius (Hanovre, 1753),