‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 163 sur 270 · ITI · texte numérisé non relu

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La dissertation sur le drame et l'épopée contient — nous l'avons vu — quelques données relatives aux motifs de la tragédie, c'est-à-dire à sa marche et à sa structure générales. Gœthe paraît s'être moins appliqué que Schiller à cette partie ‘technique. Il pensait sans doute que les conditions de développement des sujets dramatiques varient indéfiniment avec leur nature, et qu'on ne peut établir sur ce point que des principes très généraux, exprimant l'essence même du drame. Schiller cherche des règles plus particulières : qu’on se rappelle ses appréciations sur Œdipe-Roi, et sur les avantages de cette « analyse tragique », dont la matière ne consiste qu’en des faits accomplis, partant irrévocables, et dont l'effet est si puissant sur nous, « parce que la crainte qu'une chose puisse étre arrivée émeut bien autrement que la crainte qu’elle puisse arriver ® ». — Mais, sur les personnages tragiques, nous trouvons une théorie commune aux deux poètes : Schiller la propose; Gæthe l’approuve et la confirme. En lisant Philoctète et les Trachiniennes, Schiller est frappé de la réalité des personnages : il admire comme tous les sentiments naissent des situations « et reposent cependant sur le fond éternel de la nature humaine », comme Déjanire est d'une vérité à la fois individuelle *-et générale. Il lui apparaît alors que les caractères de la tragédie grecque ne sont pas, à proprement parler, des individus (comme on en voit, dit-il, chez Shakespeare et même chez Gœthe), mais, plus ou moins, des masques idéals. C’est ainsi que dans Ayax et dans Philoctète Ulysse est « l'idéal de la sagesse rusée, que n'embarrassent jamais les moyens, et qui est sans générosité »; Créon, dans (ŒEdipe et dans Antigone, est le type de « la froide dignité royale ». Gæœthe approuve ces vues et répond : « Vous avez tout à fait raison, dans les figures de la poésie ainsi que de la statuaire antiques apparaît un abstractum qui n'atteint sa hauteur que par ce

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