‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 166 sur 270 · De l'Allemagne, p · texte numérisé non relu

De l'Allemagne, p

le mot de Haigh, l'impression d'une « frise vivante! »; il faudrait, pour l’affirmer, supposer résolue la question du logéion, et néanmoins, dans l'hypothèse même de M. Dôrpfeld, on admet que les acteurs, jouant dans l'orchestra, se tenaient dans la partie contiguë à la Skéné : on pourrait donc prétendre que cette hypothèse ne fait que changer la frise en basrelief. Quoi qu'il en soit, cette question n’a pu se poser pour Gœthe comme elle se pose aujourd’hui ; il a seulement observé de quelle manière expressive les personnages ou les groupes fixaient, à la fois pour l'œil et pour l'esprit, certains moments dramatiques. Il n’est pas de tragédie qui ne nous en offre maint exemple. Dans l’£/ectre de Sophocle nous voyons chacun des sentiments de l'héroïne sculpté, pour ainsi dire, en une attitude symbolique : c'est son ardente prière aux dieux, à Némésis et aux Erinnyes, sa volonté passionnée quand elle décide d'accomplir la vengeance, ses larmes, lorsqu'elle croit tenir, dans l’urne funéraire, les cendres d’Oreste, son geste farouche de victoire, lorsque le Vengeur a frappé. Parmi les groupes « où se montre, dans le choix et l'ordonnance, tout le génie plastique de l'époque d’un Phidias ? », O. Müller fait une place à part à ceux qui sont transportés de l’intérieur des demeures par l'ixxxAnux et l’£wsroz. Quand nous voyons Clytemnestre debout sur les cadavres d'Agamemnon et de Cassandre, Oreste près des cadavres d'Egisthe et de Clytem- nestre, Ajax au milieu des animaux qu'il a tués, ce n’est pas seulement le fait accompli qui est mis sous nos yeux, mais « l’état moral qui en résulte, et qui doit devenir le sujet de nos réflexions et de nos émotions * ». Le même effet est produit chez Eschyle par ce qu’on appelle les scènes de silence et d'immobilité *. ‘

1. Si, dans l'hypothèse des acteurs jouant sur une scène, l’étroitesse du proskénion {dont la profondeur n’est que de 7 à 10 pieds) nous étonne par son peu de rapport avec les dispositions de la scène moderne, on à dit qu’elle était précisément conforme aux habitudes de la plastique grecque, « laquelle a toujours négligé les effets de perspective et de profondeur ». (0. Navarre, Dionysos, p. 97.) ,

Page 1