‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 167 sur 270 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

£. Voir à ce sujet P. Girard, De l'expression des masques dans Eschyle. Revue

Dans son opuscule sur « Les études des artistes grecs” », K. F. Hermann insistait sur l’aide mutuelle que l’art des acteurs et la plastique se sont prêtée chez les Grecs; il admet avec raison que si l’on a souvent à constater l'influence des œuvres plastiques sur les ouvrages littéraires, le rapport des deux arts dut être, primitivement, inverse; de toute manière, le jeu du tragédien et la sculpture suivent une évolution identique. Les acteurs d'Eschyle figurent, en quelque sorte, « ces statues sorties de l'antique atelier des Hégias, des Kritios et des Nésiotés, œuvres serrées, nerveuses, roides, d'un dessin correct et sévère? ». A l’époque d'Euripide l’art du tragédien s'éloigne déjà de cette sévérité : on sait que l'acteur Mynniskos, formé par Eschyle, « appelait Kallipide un singe, à cause de son jeu forcé”? ». Il y avait entre ces deux écoles la même différence qu'entre la frise du Parthénon et celle du temple de Phigalie : les attitudes recherchées et violentes avaient pris la place de la calme simplicité. Gæthe est resté dans la plus saine tradition classique en soumettant à la loi de mesure les gestes de ses personnages. Plutarque dit de Périclès * qu’il avait appris d’Anaxagore à faire sentir dans sa démarche et dans son extérieur la modération qui convient aux hautes pensées : tel est le Prince d’Este dans Torquato Tasso. Ses gestes rappellent ces prescriptions que mentionne Quintilien, et qu'il paraît emprunter à des traditions très anciennes * : l'acteur, dit-il, ne doit pas élever les mains plus haut que les yeux, ni les laisser tomber plus bas que la poitrine, et c'est manquer à l’art que d'étendre le bras

des Et. Gr., VIII, p. 118 et suiv., et, notamment, le passage relatif aux deux scènes finales des Sept. L'auteur, qui ne met pas en doute leur authenticité, commente fort bien les deux « groupes pathétiques » qui mettaient sous les yeux du spectateur tout ce qui subsistait d'OEdipe.

1. C£. CG. Hoffmann, Tragædia Graecorum cumae plastic artis operibus comparata, Mayence, 1834. — J. Sommerbrodt, Scenica, p.235. — A. Müller, Griech. Bühnenalterthümer, p. 200.

2. Lucien, Rhet. praecept., c.-9. L'application de ce passage aux tragédiens du temps d’Eschyle est de Sommerbrodt (p. 236).

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