‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 168 sur 270 · Chap. v · texte numérisé non relu

Chap. v

5. Cf. Paul Girard, ©. 1., p.107. — Quintilien, xx, 3, 112-118.

au point de se découvrir complètement le côté. Cette modération se montrait jusque dans l'expression des masques : M. P. Girard, dans sa pénétrante élude ‘, se refuse à admettre que des modeleurs subalternes aient eu assez d'indépendance pour s'écarter de la tradition des sculpteurs et pour figurer « de ces bouches largement ouvertes qui semblaient, dit Lucien, vouloir avaler les spectateurs, de ces rides profondes, de ces sourcils obliques et démesurément prolongés qui donnent aux masques de la période alexandrine un air si étrange de mélancolie ou d'angoisse ». Certains détails mieux compris, tels que l'allongement de la tête, nous montrent le même souci des justes proportions : l'éyxos avait pour fin de « tricher avec la lumière? », d'empêcher que les masques ne parussent aplatis par le jour qui tombait d’aplomb sur eux. Mais s'il ne s'élève aucun doute sur cette recherche de la grandeur mesurée, on a pu contester l'assimilation du tragédien grec à une figure sculpturale. M. P. Girard * fait observer, au sujet des acteurs d'Eschyle, que, vêtus de ces riches costumes qui ne découvraient aucune partie du corps, à l’exception des mains, ils ressemblaient moins à des statues qu'aux belles fresques contemporaines. Quoi qu'il en soit, c'est comme des sculptures vivantes que Gœæthe se les représentait, et c’est aussi l’idée de K. F. Hermann et de A. G. Schlegel “.

S il fallait, pour confirmer la conception de Gœthe, signaler tous les caractères qui rendent plastique la tragédie des Grecs, nous aurions à l'étudier dans sa structure et dans son esprit général. Rappelons donc, pour mémoire, la symétrie rigoureuse et souvent complexe qu'elle sait concilier avec le réalisme. M. Masqueray a montré de façon frappante comment cet art est porté à sa perfection par Sophocle, chez qui l’égalité des strophes orchestiques correspond souvent « au parallélisme latent de la pensée ». L'’entrelacement des strophes,

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