Sept, v. 186, cité par Tournier
3. Andromaque est moins plastique, et nous la concevons plutôt figurée en groupe. L'Iphigénie de Gœthe est plus plastique que celle d'Euripide, et nous nous la représentons (comme le poète) dans l'attitude et sous les traits d’un personnage tel que la Sainte-Agathe de Bologne (Jtal. Reise, 19 octobre 1786).
Le drame plastique trouvait naturellement comme un champ d'essai sur le théâtre de Weimar’. Gæœthe voulait y faire l'éducation de son public, qu'il ne fallait pas traiter, disait-il, « comme une populace », et il le Jouait de cette docilité qui le ramenait plusieurs fois au même spectacle, afin de le mieux comprendre et d'en profiter pleinement*. Les pièces qu'il voyait jouer étaient de genres très variés; certaines descendaient jusqu'à la farce : Gœthe l’admet, pourvu que les situations propres à frapper les yeux soient traitées « avec une convenance pittoresque ». C’est là, d’après lui, le moyen de ne pas tomber dans la trivialité, et tout danger de ce genre peut être écarté si les acteurs, en jouant un certain nombre de comédies antiques, acquièrent la pleine intelligence du « jeu masqué? ». Un premier essai de ce jeu fut tenté dans Paléophron et Néoterpe, et la note mise en tête de cette petite pièce dit expressément que l’auteur « a voulu rappeler l'art plastique des Anciens »; même essai pour certaines comédies de Plaute et de Térence, notamment pour les Adelphes; dans l’Zon de A. G. Schlegel, deux personnages d'hommes portèrent des masques, et les acteurs du Macbeth de Schiller eurent à la fois le masque et le cothurne. Gœthe parle des beaux groupes qu’on admirait dans la pièce de Schlegel, grâce à une action tragique qui variait à souhait les rapports des personnages, grâce aussi aux tragédies françaises « dont la représentation avait habitué les acteurs à observer le calme du maintien et la convenance de l’attitude, dans le cadre de la scène ». La scène est, en effet, pour Gœthe, un tableau dont les acteurs sont la décoration : il
4. Voir Julius Wahle, Das Weimarer Hoftheater unter Gœthes Leitung (Schriften der Gœthegesellschaft, Bd. VI); Pasqué : Gœthe’s Theaterleitung in Weimar, Leipzig, 1863; Burkhardt, Répertoire des Weimarer Hoftheaters (Hamburg, 1891); Ludwig Geiger, lffland's Briefe (Schriften der Gesellschaft für Theatergesch.), Bd. V, Berlin, 1904.