De la Pantomime, p
veut (nous l'avons vu plus haut) qu'on traite « avec une convenance pittoresque » les situations propres à former tableau’, et nous avons, dans son commentaire sur Proserpine, la description détaillée « du tableau immobile » sur lequel finissait la pièce. Il faut pourtant tenir compte d'une différence de conception : pour Diderot, l'objet de ces groupements est le pathétique; pour Gæthe, c'est l'art pur, la simple beauté des formes et des lignes. Les exemples choisis par Diderot accusent nettement la différence. Quand il se représente les divers tableaux que fournirait au théâtre la mort de Socrate, il demande « pourquoi le philosophe qui s’assied sur les pieds du lit de Socrate et qui craint de le voir mourir ne serait pas aussi pathétique sur la scène que la femme et la fille d'Eudamidas dans le tableau du Poussin? ». Ce rapprochement nous éclaire : Poussin (que son admirable génie entraîne souvent bien au delà de ses principes d’art) veut être en effet le fidèle disciple des peintres anciens, pour qui la peinture était un moyen d'émotion, et dont les tableaux, d’après les témoignages, avaient surtout un caractère pathétique”; lorsque Ruskin fait la critique du Déluge, ce qu'il reproche au peintre n'est, en somme, que « l’altération de l’état naturel » dont Diderot fait une loi du pittoresque, et cette altération vient de ce que Poussin veut traiter la nature « non comme un modèle à interpréter, mais comme un langage par lequel s'exprimeront et se communiqueront les diverses émotions humaines ‘ ». Assurément cette formule est trop étroite pour son œuvre, qui la brise mainte fois’, mais elle représente bien l'idéal d'expression où tend Diderot dans ses tableaux scéniques. Le groupement pathétique diffère essentiellement du groupement plastique dans ses moyens d'exécution : l'idée du plastique, à l'analyse, peut se ramener à une sorte 1. Die fürs Gesicht angelegte Siluationen mit malerischer Zweckmässigkeit darzustellen.
. Voir des exemples de mème caractère, p. 117 et 380. . Cf. P. Desjardins, Poussin, p. 120.