‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 177 sur 270 · NADIA. D · texte numérisé non relu

NADIA. D

dies était trop étranger aux acteurs et au public pour que la réforme fût profitable : le jeu des acteurs était devenu emphatique et lourd, de violent et désordonné qu'il était’. Ceux qui fondent ensuite l’école allemande n'ont point la prétention de conformer leur jeu à des théories d'art, et leur unique souci est de donner le plus de naturel et de réalité au personnage qu'ils représentent. Schræder, dont la sympathie allait au peuple (on connaît ses démêlés avec le beau monde de Hambourg) réagissait contre ce qu'il appelait l'affectation française, et bornait strictement son jeu à la vérité particulière : « Je veux donner à chaque rôle ce qui lui appartient, ni plus ni moins : un rôle sera, de cette façon, ce qu'aucun autre ne saurait être? ». Cette phrase d’une lettre à son biographe Meyer est la négation même des principes de Weimar; nous savons d'autre part que la distinction du maintien manquait à Schræder, et que la dignité de ses rôles sérieux était plus en profondeur qu'en surface *. Eckhoff, son devancier, fut pour Lessing un collaborateur plein d'intelligence, et parfois génial. Nicolaï vante l'harmonie intime de son jeu, et Schrœder, qui pourtant ne le ménage pas, reconnaît que, « dans sa bouche, la prose la plus insipide se transforme en poésie‘ »; on lui trouvait une « nuance française », et Lessing analyse, en l’admirant fort, sa manière originale et vraie de dire les sentences morales; mais il manquait à son jeu le calme et la mesure, à cause de l’outrance de ses gestes descriptifs : voulant trop peindre, il avait quelque chose de convulsif dans la passion, et de recherché dans le comique. Gæthe n'aura garde d'accepter sans réserves le mot cité par Lessing à propos d'Eckhoff : {ot linguae quot membra viro; il montrera, dans ses ÆRègles*, qu'il faut faire un usage très restreint du geste descriptif, qui peut être, en certains cas, une grossière faute de goût.

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