Devrient, o. L., Il, p
3. C'est Émile Devrient qui devait plus tard, au jugement de ses contemporains, être cet acteur idéal que Gœthe n'avait jamais rencontré. Les Règles étaient son code; on le voit dans ses différends avec Bagumil Dawison. Cf. H. H. Houben, Émile Devrient, p. 46-7 (curieux spécimen des dessins de Lyser,
voix traînante et sans timbre donne souvent l'impression d’un prêche, et sa manière n'est pas sensiblement différente de celle de Fleck et de Mme Unzelmann : le rythme n'est pour eux qu'accessoire, et volontiers ils feront un accroc au vers iambique si-le naturel du débit leur paraît l’exiger. Mme Unzelmann fait faire des copies de ses rôles sans séparation de vers, pour échapper aux dangers du rythme : aussi ne faut-il pas s'étonner s'il paraît à Schiller qu'elle manque de « style tragique » dans Marie Stuart, et s'il trouve que ‘tout, dans sa bouche, prend un air « op réel ». C'est là d’ailleurs, ajoute-t-il, l'école d'Tffland, et la manière des acteurs de Berlin.
La révélation de l’acteur-idéal fut faite à G. de Humboldt par Talma, et la lettre Sur la Scène française (Paris, août 1799), fit une profonde impression sur Gœæthe et sur Schiller. A la vérité cette lettre n'est rien moins qu'un dithyrambe, et les restrictions qu'elle contient sont des plus graves : « l'acteur français, nous est-il dit, joue — pour ainsi parler — la passion plus que le caractère : il arrête plutôt le spectateur à l'état momentané de ses sentiments, il lui fait moins voir l’intérieur de son âme et le jeu de sa sensibilité? ». Et le même reproche revient de manière à peu près constante : « l’art de l’acteur, en France, donne une idée moins haute et moins idéale du caractère de l’'homme* ». En revanche, le jeu de Talma, pour qui chaque situation est un sujet pittoresque, a bien fait sentir à Humboldt ce qui manque aux acteurs allemands : ils ne font pas assez pour les yeux‘'et pour cette
faits de 1836 à 1840 pendant les représentations); p. 148-9; p. 443 (lettre du 15 juin 1863). Tout jeune encore, Devrient avait beaucoup admiré le jeu plastique d’un acteur fidèle aux préceptes de Weimar, Pius Alexander Wolff.
1. Ibid., Il, p. 284 et suiv., et p. 296-7. Sur le jeu de Mme Unzelmann, voir les lettres de A. G. Schlegel, et, notamment, Gæthe und die Romantik, 1, 102.
2. W. von Humboldt, Gesammelte Schriften. Edition de l’Académie de Prusse I}, p. 382. Behr 1904.