Ibid., p
4. La mimique, dit encore Humboldt, est, en France, étroitement rattachée aux arts plastiques. Chez nous, elle ne parle qu’à l'imagination, au sentiment ; ici elle a, pour l'œil même, beaucoup de grâce. Dans le spectacle, en France, on voit s'unir le peintre, le sculpteur et le danseur pantomime (p. 377). Le geste des Français est plus pittoresque que celui des Allemands, qui est seule-
partie de notre imagination qui se joue avec de pures formes ! : ils ne s’acquittent, en réalité, que de la moitié de leur tâche. Sans doute, tout ne mérite pas l'approbation dans la manière des acteurs français, mais si formel que soit leur art, on en peut tirer un sérieux profit. — Cette lettre s'accorde, en somme, pour l'éloge et le blâme, avec la pièce de Schiller sur la traduction de Mahomet : Schiller veut surtout qu'on imite de nous l'art régulier, et « la grâce que le mouvement emprunte à la danse »; nous ne serons pas des modèles, mais, plus modestement, « des guides vers le mieux », des: revenants, dont l'office sera de purifier la scène ?.
Ce rôle que Schiller nous assigne avec dédain répond bien alors à la réalité, car ce n’est pas à nous que Gœthe emprunte le fond de sa conception dramatique, tandis que l'influence française se fait sentir dans toute la partie extérieure du drame, dans la déclamation, le décor et le costume. Gœthe traduit le Mahomet de Voltaire pour déshabituer son publie de l’éternelle prose, et pour former ses acteurs à dire le vers; s'il adapte aussi T'ancrède, ce n’est pas seulement pour donner une pièce à spectacle*, mais parce que l'élan lyrique de cette tragédie porte, en quelque façon, la diction rythmique
ment expressif. C’est ainsi qu'on voit se prolonger des attitudes qui chez nous, changeraient plus vite; exemple : les acteurs qui tiennent les bras en l'air jusqu’au moment où ils disparaissent : c’est une chose que nous n’approuverions pas. L'acteur français garde toujours cette immobilité prolongée (zügernde Ruhe) qui est propre aux attitudes esthétiques (p. 386). À une fusion proprement dite de l’homme avec l'artiste, dans l'acteur, il ne faut pas songer en France. Le public et l'acteur ne cherchent qu’un assemblage de beautés produites par la déclamation, la musique, la mimique et le pittoresque. De là le maniéré, le convenu... attitudes non justifiées ou prolongées sans souci de la nature, arrêts et changéments soudains qu'on trouve piquants ici, exagérations, firades de gestes qui se transmettent d’acteur à acteur (p. 396). 4. Ibid., p. 393.
2. Nicht Muster zwar darf uns der Franke werden! Aus seiner Kunst spricht kein lebend’ger Geist; Des falschen Anstands prunkende Geberden Verschmäht der Sinn der nur das Wahre preist! Ein Führer nur zum Bessern soll er werden, Er komme wie ein abgeschiedner Geist, Zu reinigen die oft entweihte Scene Zum würdgen Sitz der alten Melpomene.