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non seulement sans colère, mais en excusant les puissants, que la nécessité contraint parfois d'en user : « Je ne dis point d'injure à l'instrument de cette violence, et je m'élève à peine contre les puissants qui peuvent se permettre une pareille action. Hélas, eux aussi sont enchainés et contraints; rarement ils agissent d’après leur libre conviction; les soucis, la crainte de plus grands maux arrachent à ceux qui gouvernent des actions: profitables, mais injustes. »
Le Secrétaire, la Maîtresse de Cour, l'Abbé ne nous montrent pas non plus bien nettement que les temps sont proches. Leurs modèles étaient des intrigants de cour qui peuvent nous représenter la décomposition morale d'un certain milieu, mais le Secrétaire nous fait pressentir la Révolution dans la même mesure que le Narcisse de Racine nous annonce les Invasions barbares. Gœthe éprouve ici les inconvénients de sa méthode : épris de la réalité vivante, — qu'il la trouve en lui-même ou dans l'histoire, — il l'emploie comme malière dramatique sans se demander toujours si, façonnée par son art, elle peut donner exactement l’œuvre conçue. Des mémoires de Stéphanie, fidèlement suivis, on pouvait tirer une pièce assez violemment réaliste : c'est une besogne à laquelle Gœthe eût répugné. Il a gardé la matière de ces mémoires, mais en s’éfforçant d'y faire entrer, selon sa méthode, le plus d'humanité générale; il ne faut donc pas s'étonner si les personnages, élevés au-dessus des particularités de temps et de lieu, caractérisent insuffisamment une période pré-révolutionnaire. Ce sont des médailles sans exergue ni millésime. Mais ils ne sont pas — suivant le jugement cité plus haut — des abstractions vides : l’action où ils sont engagés et leurs sentiments mêmes sont, pour cela, trop précis et trop concrets ; et loin qu'on puisse leur reprocher d'être « des moyens et non des fins », on voit, par ce qui précède, qu'ils semblent au contraire étudiés trop en euxmêmes, indépendamment du dessein d'ensemble.