‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 187 sur 270 · V. 1794 et suiv · texte numérisé non relu

V. 1794 et suiv

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Gœthe met done sous nos yeux non « des fantômes » ni «des marionnettes », mais des êtres réels, transfigurés en types. Cette transfiguration était d'autant plus nécessaire que les Mémoires lui donnaient une intrigue louche et des personnages assez vulgaires, pour la plupart. Nous avons signalé plus haut une heureuse modification de cette intrigue, en rappelant que le mariage ne résulte plus que d’une demicontrainte. L'étude détaillée des caractères nous montrerait que Gœæthe s'attache surtout à ce qu'ils contiennent d’immuable nature, de permanente humanité : si certains de ses personnages sont vils ou pervertis, il prend soin de nous intéresser beaucoup moins à leurs actions qu'aux influences qui les ont déterminés comme individus ; son analyse cherche à faire la part de la volonté consciente et des impulsions étrangères. C'est ainsi que le sieur Jacquet des Wémoires, élevé dans la pièce à la dignité de secrélaire, devient un scélérat très conscient de lui-même; son immoralité n'est pas sans principes : on croirait qu'il ne cherche pas seulement à faire entrer la Maîtresse de Cour dans une entreprise avantageuse, mais qu'il veut la persuader de sa philosophie du plaisir. Aussi ne s’attarde-t-il pas à dissimuler. Il a parlé d’abord de cette pureté de sentiments dont nous faisons en nous-mêmes comme l'idole d'un temple secret, et que notre cœur « saigne » à sacrifier’; mais c'est d'autre façon qu'il s'exprime ensuite : « Chère aimée, tu parles légèrement, — comme si ces murs qui te séparent du monde étaient ceux d’un cloître, — de la valeur des biens de la terre; regarde au dehors; là, vois-tu, l’on sait mieux estimer de pareils trésors : le père les envie au fils, le fils compte les années de son père, un droit incertain divise les frères jusqu’à la mort; le prêtre lui-même oublie le but auquel il doit tendre, et c’est l'or, qu’il poursuit?. » Le personnage qui parle ainsi

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