V. 862 et suiv
sens de tes paroles trompeuses et feintes, je sais le découvrir sous la fausseté de tes discours; le contraire de ce que tu dis m'apparaît trop clairement : un mari entraine irrésistiblement sa femme dans le cercle borné où il se meut : c’est là sa prison d'exil; elle ne peut plus d'elle-même choisir ses chemins; d’un état inférieur il l'élève à lui : d'un rang supérieur, il l’entraine à déchoir' ». À ces reproches, la Maîtresse de Cour répond sans dissimulation : « Ainsi, cruelle, tu prononces ton arrêt ef le mien?! ». Dans les sentiments où elle se trouve, l’obstination de la jeune fille ne peut lui sembler qu'un orgueil insensé, et il est naturel qu'elle ait alors des paroles amères et violentes qui provoquent cette protestation touchante : « Oh! si je pouvais encore une fois voir cette douce bonté qui brillait autrefois dans ton regard! L'éclat du soleil qui fait naître partout la vie, la douce clarté de la lune, qui rafraichit l'âme, me réjouissaient moins que ta présence. Que pouvais-je désirer? Tu me prévenais toujours. Qu'avais-je à craindre! Tu écartais de moi tout danger. Si ma mère s’est cachée de bonne heure au regard de son enfant, ton cœur a débordé pour moi de tendresse maternelle. Es-tu donc tout à fait changée? Au dehors tu me parais toujours la même, toujours la tant chérie, mais ce qui est transformé, c'est ton cœur! » De tels reproches ne louent pas moins qu'ils ne bläment : ils nous montrent comment Gœthe transfigure un personnage d'intrigue. Il y a néanmoins des parties obscures dans ce caractère de la Maîtresse de Cour. Dans quelle mesure obéit-elle à la suggestion de son amant, à la force, à l'intérêt personnel, à l'affection qu'elle a pour Eugénie, nous ne pourrions le préciser; son rôle consistait, d’après le Secrétaire, à conduire son élève aux Iles, et à revenir aussitôt : au IV° acte, il semble, à l'entendre parler au Conseiller, qu’elle doive partager cet exil*; nous