‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 192 sur 270 · V. 1087 et suiv · texte numérisé non relu

V. 1087 et suiv

présentation à la cour, la rendront « pour tous un objet d'envie’ ». Elle n'a pas d’amertume contre son frère, qu'ellese flatte de ramener par la douceur et l'affection? ; elle est curieuse (sa curiosité doit la perdre), et surtout impatiente, parce qu'elle a pleine confiance en l'avenir”; elle est très délicatement et chastement jeune fille, lorsque le Conseiller lui parle de mariage; mais surtout elle se refuse « à profaner le bonheur que promet l'hymen, en en faisant un moyen de salut* ». Enfin toute considération cède, pour elle, à son idée de l'honneur, qui est d'agir et de briller à son rang. Mais si ce sont là des traits typiques (nous venons, en effet, de suivre dans l’ordre les remarques d’Aristote), le personnage n’en a pas moins son individualité précise : Gœthe, pour ce rôle, a moins senti la nécessité de monter dans la sphère plus pure des causes générales. Les sentiments qui, dans les deux premiers actes, semblent jaillir spontanément d’un âme juvénile, s'affermissent ensuite malgré les événements; le ressort de la volonté ne se détend pas, comme on pourrait le croire : la jeune fille est une héroïne de courage, qui regarde son malheur en face”, et ne fléchit pas. Si nous la voyons, dans la scène avec le moine (acte V, 7), chercher comme « un sort » qui lui dicte sa résolution, c’est que les deux routes qu'elle a devant elle lui sont également odieuses”°; il n'est pas vrai, « que la volonté propre soit morte dans son cœur’ », comme le lui dit le moine; son incertitude vient de ce que l'exil et le mariage excluent également ce qui l’exaltait pour la vie : ni l'un ni l’autre ne contient le mobile qui détermine constamment sa résolution. Le moine lui conseille l’exil, mais une des raisons qu'il lui donne la décide au contraire à rester : il lui fait pressentir les malheurs prochains qui menacent de bouleverser le royaume; alors, dans un admirable élan, la

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