‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 193 sur 270 · V. 2580 et suiv · texte numérisé non relu

V. 2580 et suiv

jeune fille se donne au devoir qui lui apparaît, et l'amour de la patrie met fin à son indécision. Elle restera, pour ne pas se soustraire au danger commun, pour se montrer digne de ses grands ancétres. Le mariage avec le Conseiller lui donnera les moyens d'agir noblement, de faire rougir, à force de bienfaits, ceux qui l’ont méconnue et chassée : il lui rend donc, en quelque façon, son rang de princesse. C'est ainsi que ce personnage au nom symbolique n'offre pas seulement des traits de vérité générale. Sa sensibilité, que la vie a contrainte, et qui « s’épanche en paroles cadencées », son opiniâtreté de courage et de générosité, son culte de la vraie noblesse, son loyalisme, en font un caractère très fortement individuel”.

Nous nous expliquons maintenant le sens exact du mot de Schiller, et ce symbolisme « qui absorbe tout ce qu'il y a de matériel dans le sujet, pour tout subordonner à un ensemble idéal ». Schiller ne fait évidemment pas allusion au dessein général de la trilogie; il juge isolément l’idée et la méthode du premier drame. De ce point de vue, nous constatons, en effet, cette tendance précédemment signalée à s'élever du fait matériel dans le monde de la causalité; et, d'autre part, la pièce est une Schichsalstragüdie : l'idée de fatalité la domine, à tel point que nous pouvons concevoir les faits et les personnages comme des forces alliées ou contraires, agents et signes matériels de la destinée. Il ne s'ensuit nullement — nous l'avons vu — que ces personnages manquent d'individualité. Le caractère abstrait, purement

1. Il est intéressant de rapprocher de la mission d'Iphigénie ces vers que prononce Eugénie lorsqu'elle prend sa résolution : Im Verborgnen Verwahre er mich, als reinen Talisman.

Denn wenn ein Wunder auf der Welt geschicht Geschiehl’s durch liebevolle, treue Herzen.

Page 1