‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 195 sur 270 · V. 1068 et suiv · texte numérisé non relu

V. 1068 et suiv

et le bailli sur la question de savoir si la nouvelle Église est grande ou non serait puérile si nous l’entendions à la lettre”. Et, le plus souvent, les faits qui représentent le symbole ne sont pas du même ordre que lui : la montée vers le fiaell sera par exemple l'élan de l’âme ou de l'idée, tandis que le fiord sera la vie réelle; le coup de fusil de Gerd et l’avalanche qu'il produit nous représenteront l'instinct de destruction ou la révolution niveleuse. Par la même logique certains personnages pourront n'avoir qu'une vie purement idéale : c’est ainsi que Brand n’est pas un héros de tragédie, plus grand que nous mais proche de nous : il nous montre surtout l’image de ce que l'humanité n’est pas*. Enfin la logique des faits est moins rigoureuse dans ce système dramatique, ou, ce qui importe, ce n’est pas tant leur enchainement que la contribution de chacun d’eux à l’idée générale.

De ce système on peut, dans une certaine mesure, rapprocher le second Faust. Dans une lettre du 23 juin 1797, Schiller disait très nettement quelle sorte de symbole cette suite du poème devait nécessairement admettre : « La pièce, écrivait-il, malgré toute son individualité poétique, ne saurait exclure tout à fait le symbolisme... On ne perd pas de vue la duplicité de la nature humaine, ni l'effort vainement tenté d’unir en l’homme le divin et le corporel; vous pourrez vous retourner de toutes les manières, la nature de votre sujet vous forcera de le traiter philosophiquement, et l'imagination devra se mettre au service d’une idée de raison. » Nous ne pouvons chercher ici longuement si le principe des conceptions de Gæthe est toujours une intuition et jamais une idée : on sait avec quelle vivacité le poète s’exprimait à ce sujet devant Eckermann : il se déclare incapable de

1. Cette observation, comme certaines de celles qui vont suivre, se rattache à ce caractère de désaccord, où d’inadéquation (Unangemessenheit) du symbole que Hegel à fait ressortir (Æsthelik, 1, 384) : le sens et l’image s'accordent nécessairement en un point, mais l’objet particulier qui symbolise un certain «contenu » renferme bien d'autres qualités que celles qu'on lui fait, pour le moment, représenter.

2. Cf. le personnage de Hilde Wangel dans Solness le Constructeur. Elle a bien quelques traits réels, mais sa signification symbolique importe bien davantage.

dire quelle est l'idée de son Faust : « Du ciel à l'enfer, à travers le monde, ce serait, à la rigueur, quelque chose, mais ce n'est pas une idée, c’est la marche de l'action. Et que le diable perde son pari, qu'un homme qui des pires égarements s'élève constamment vers le mieux, soit enfin racheté, c’est une bonne pensée, pleine de force et qui éclaire maint détail, mais ce n'est pas une idée sur qui reposent l'ensemble et chaque scène particulière. » Gœthe ajoute qu'il n'a jamais eu pour méthode poétique « de donner un corps à des abstractions », et, dans deux lettres célèbres (23 et 31 août 1794), Schiller analyse le caractère intuitif de son génie. La conclusion de ces lettres se retrouve à peu près identique dans la page intitulée Anschauende Urteilskraft', où Gœthe commente les idées de Kant sur l’Zntellectus archetypus et l'Intellectus ectypus. A la vérité, Schiller ne rattache pas ses idées à la théorie kantienne, et certains des principes qu’il pose sont formellement contraires à cette théorie? ; Gœthe, d’après les définitions données par Kant de l’entendement intuitif et de l'entendement discursif, construit une sorte de raisonnement par analogie où n'entrent en réalité que ses propres idées : « Si, dans le domaine moral, la croyance à Dieu, à la vertu, à l’immortalité, nous élèvent dans un monde supérieur et nous rapprochent du Premier Être, il se pourrait, de même, dans le domaine intellectuel, que l'intuition d'une nature qui crée sans cesse nous fit mériter une participation spirituelle à ses productions ». Et Gœthe confirme ce raisonnement par sa propre expérience : l'élan qui le poussait vers le typique lui a, dit-il, permis de courir avec succès ce que Kant appelle « l’aventure de la Raison ». Il n’est pas utile d’insister ici sur la déformation que le poète fait subir à la théorie kantienne, ou du moins sur l'abus qu'il en fait : cette théorie est purement logique, et l’{ntellectus archetypus est celui qui saisit

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