août
dans le second Faust, et, selon la prédiction de Schiller, son imagination s’est-elle mise au service d'une « idée de raison » ? C'était le sentiment de Hettner. Ce qui fait, d’après lui, la force et la profondeur admirables de la première partie, c'est que Faust a une personnalité marquée, en même temps qu'il est « le support symbolique de l'effort de l'esprit humain, et de l’idée générale d'humanité »; dans la seconde partie, le héros, c'est cette idée même : à l’histoire de Faust, se substitue l'histoire des directions principales du développement de l'humanité; à une tragédie succède une philosophie de l'histoire traitée poétiquement ‘. Il est certain que, dans sa recherche des réalités supérieures, Faust semble nous éloigner de ce que nous entendons vulgairement par réalité. La manière dont il évoque Hélène, et le guide qui le conduit dans la nuit classique de Walpurgis sont représentés suivant une méthode philosophique, qui remonte constam— ment à l'origine, et parfois jusqu’à l'essence même. C'est de là que le second Faust tient sa profondeur et sa puissance : c'est aussi par là qu'il peut justifier les critiques que j'ai rappelées. Il n’est pas exact de dire avec Hettner que l’idée d'humanité est l'héroïne du second Faust : c’est l'humanité même, incarnée en un personnage — et de cela nous ne songeons pas à faire un reproche au poète. Le défaut dramatique ne tient pas à la conception générale, mais à la méthode. Sans mettre son héros au second plan, Gœthe ne rapporte pas tout, directement, à son sentiment et à son effort : certaines parties sont traitées de façon purement objective, par exemple, ce qu'on appelle la Formation de l'idéal classique des Grecs, c’est-à-dire la purification progressive de leurs créations mythiques et des conceptions de leur art. Nous comprenons que, pour saisir un certain type de beauté, on le poursuive, en quelque sorte, jusqu'en ses racines les plus profondes, mais autre chose est d'en pénétrer l'essence, autre chose, de parcourir la succession des types qui l'ont précédé, surtout lorsqu'on en dégage une impression non d'unité,