‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 202 sur 270 · PELLE · texte numérisé non relu

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ile 2. Die tragischen Tetralogicen der Griechen, 1819-1823. Voir plus bas, p. 354.

un peu obscure) pouvait remplacer celle d’un sujet unique. La Fille Naturelle est conçue selon le système qui — d'après. Gœthe — passait, avant Hermann, pour constituer seul une trilogie proprement dite : « C'était, dit-il, une progression d'un même sujet : la première pièce contenait l’exposition, l'établissement du drame, le motif essentiel; la deuxième montrait de terribles conséquences, dont la gradation allait jusqu'au monstrueux; la troisième, après une progression nouvelle, aboutissait, de quelque manière, à un apaisement. » Gœthe cite Wallenstein comme exemple de cette première conception. Mais, en composant sa trilogie, il paraît avoir oublié que, dans l’un ou l’autre système, chaque pièce forme un tout parfait et se suffit à elle-même : elle ne contient pas de personnages ni d'épisodes qui soient de simples amorces. Ce n’est pas le cas de la Fille Naturelle. C’est ainsi qu'en deux scènes fort courtes (I, n et m1) nous voyons paraître un certain comte qui semble un des familiers du roi : il vient lui annoncer comment Eugénie est tombée du rocher. Ce personnage, dont les spectateurs ne peuvent savoir ni le titre ni la fonction (car les parcles échangées ne les mentionnent pas), ne reparaîtra plus dans le reste .du drame, mais il importe que nous le connaissions au moins de vue, car son rôle sera moins effacé dans la deuxième pièce : il y sera, nous l'avons vu, le représentant de la caste des favoris (LE, mn), et nous le retrouverons encore dans toutes les scènes du quatrième acte. De même l’abbesse, le gouverneur, le moine, sont des personnages épisodiques qui paraissent dans un acte à tiroir, et qui, dans la première partie, ne peuvent guère passer que pour des apparitions symboliques. Ils sont cependant autre chose pour le poète, puisqu'il doit les ramener, eux aussi, au quatrième acte de la deuxième pièce.

L'impression de froideur tient encore à l'effort continu du style vers la plus grande généralité. La méthode que nous avons constatée dans la conception des caractères est aussi constamment appliquée à l'expression des sentiments. Düntzer, s’élevant contre ce reproche de froideur, fait observer

que chacun des personnages a bien le langage qui lui convient. Il a raison; mais il est véritable aussi que ces personnages s'élèvent trop au-dessus de leur situation présente, et que, souvent, ils se regardent eux-mêmes d’une façon trop objective. Nous pourrions multiplier les exemples. Quand le roi vient d'annoncer à Eugénie qu'il veut lui rendre son rang de princesse, la jeune fille sent déborder sa reconnaissance, et voici comment elle s'exprime : « Le grand cri d'une joyeuse surprise, l’effort violent des gestes expressifs pourraient-ils exprimer le ravissement que tu as fait naître dans mon cœur transporté‘? » Et, plus loin, c'est une analyse de nos attitudes dans la joie : « Oh, laisse-moi jouir du bonheur d’un complet abandon : lorsqu'en des moments rapides d’ardent courage nous nous dressons, fermes et résolus, joyeux de n’avoir d'autre appui que nous-mêmes, alors la terre et le ciel semblent nous appartenir. Mais ce qui fait ployer les genoux en des moments d’extase est aussi un doux sentiment. Et ce que nous voudrions offrir de gratitude ravie, d'amour infini, en pur sacrifice à notre père, à notre roi, à notre Dieu, s'exprime mieux dans cette attitude*. » Cette sorte de manie raisonnante et analytique, ce souci de tout motiver, de tout rapporter à des lois générales, est un des caractères les plus frappants de la pièce. Eugénie, demandant à son père une riche parure pour le jour de sa présentation à la cour, le fait en ces termes : « Si l’homme, en pareil cas, oublie son extérieur et se présente négligé à la multitude, une femme souhaite de plaire à chacun par des ornements choisis”... » À la même tendance se rattachent le tour gnomique du dialogue, ces sentences dont l'échange est souvent trop prolongé et monotone“, certaines comparaisons d’un caractère allégorique et général, l'expression abstraite donnée aux émotions les plus vives‘.

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