V. 1693 et suivants
Les avantages et les défauts de cette méthode se montrent surtout dans les deux dernières scènes du troisième acte, où le duc paraît avec le secrétaire, puis avec l'abbé, après la fausse nouvelle de la mort d'Eugénie. Gœthe épuise, en quelque sorte, l'analyse et la philosophie de la douleur paternelle. Ces deux scènes soulèvent assurément des objections; elles sont d’abord très pénibles : nous y voyons un malheureux père indignement lorturé par deux scélérats; en outre il y à quelque chose d'équivoque dans le sentiment que nous éprouvons : si la jeune fille, qu’on destine à l'exil, est vraiment perdue pour son père, la douleur du duc n’est cependant causée que par une fausse nouvelle. Le spectateur le sait, et son émotion en est diminuée. La même observation s'applique d’ailleurs aux plaintes d'Électre, dans la tragédie de Sophocle! : ces plaintes, très touchantes en elles-mêmes, sont surtout dramatiques par notre attente impatiente du revirement qui va suivre; mais sachant que cette douleur est sans objet réel, nous ne nous abandonnons pas entièrement à l'impression que chacun des sentiments exprimés devrait susciter, nous n'en épuisons pas, comme nous le ferions dans d’autres conditions, toute la force émotive. Ces restrictions faites, nous ne pouvons qu'admirer comment Gœthe s'attache toujours à la généralité des sentiments et nous enlève avec lui dans le monde des Essences. Peu nous importe alors que ses personnages me parlent pas exactement le langage réel. L'expression de la douleur paternelle se transforme en -une méditation sur cette douleur. Au Secrétaire, qui lui souhaite hypocritement que chacun de ses amis « püt se charger d’une partie de sa douleur », le duc répond : « La douleur causée par l'amour demeure, comme l'amour lui-même, indivisible et infinie? ». Plus loin, ce sont des vers dorés où se marque, en une antithèse régulière, la différence de l'amour avec le sentiment paternel”; le duc songe qu'il n'a pu porter secours à sa fille, et cette pensée se généralise