‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 204 sur 270 · V. 1126 et suivants · texte numérisé non relu

V. 1126 et suivants

aussitôt : « Sensuel et endurci, enfermé dans le présent, l'homme ne sent que le bien et le mal prochains, et l'amour même est sourd dans l'absence ‘ ». Quand il veut que le corps de sa fille soit conservé par des baumes précieux : « Oui, dit-il, tous les atomes naguère assemblés pour former son corps admirable ne doivent point retourner aux éléments ?! » Et cette idée revient encore lorsqu'il apprend que le corps défiguré de la jeune fille est déjà enseveli : « Ainsi donc les éléments, n'étant plus maintenus par un principe d'ordre’, vont détruire insensiblement par leur combat cette image divine! » La place où le roi avait tenu Eugénie dans ses bras devait être embellie « par l'ordre et la symétrie » : elle restera désormais inculte, et les arbres balaieront la terre de leur chevelure pendante; le duc ne sentira plus s’écouler le temps, car Elle n’est plus, celle dont les progrès étaient pour lui la mesure des années. — L'expression générale des idées entraîne nécessairement une certaine abstraction de style, et pourtant il est admirable de voir comme par moments le lyrisme parvient à animer cette philosophie. Le duc rappelle cette sage coutume des anciens qui dissolvaien « par l’activité de la flamme pure la dignité sublime de l'image humaine * » ; mais un grand élan vient vivifier aussitôt ces abstractions : « Quand la flamme ardente, aux mille crêtes, s'élevait vers le ciel, et qu'entre la fumée et les nuages montait le vol emblématique de l'aigle, alors les larmes se séchaient, et ceux que le défunt laissait sur la terre suivaient d'un clair regard la divinité nouvelle jusqu'aux espaces glorieux de l’'Olympe ». Nous retrouvons ce mélange de lyrisme et de philosophie à la fin de l'acte, dans la tirade qui sert de conclusion logique à cette sorte d'essai sur la douleur paternelle ©.

Enfin, si la Fille Naturelle a passé. pour froide c'est à

Page 1