‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 205 sur 270 · V. 1713 et suivants · texte numérisé non relu

V. 1713 et suivants

l'absence de décor qu’il faut l'imputer en grande partie. Il est inutile d'insister ici sur des faits trop évidents. On a pu. voir que les personnages de la pièce ne sont pas, comme on l'avait dit, des « marionnettes », et nous avons montré, à ce sujet, le mélange du typique et de l'intrigue, au mauvais sens du mot. L'absence de noms serait de peu d'importance, mais il était dangereux de renoncer à la couleur générale que fournissent le temps et le lieu. Le décor de la Fille Naturelle reste nécessairement schématique : même s’il se trouve une indication de scène moins imprécise, par exemple, au El° acte (« chambre d'Eugénie, dans le style gothique »), l'ignorance où nous sommes de l’époque et du pays nous empêche de collaborer avec l'auteur, de prolonger les fonds, par notre apport, même inconscient, de représentations et de souvenirs. On a pu signaler les perspectives de second plan qu’'entr'ouvre la scène dans la tragédie de Racine‘ : elles donnent, en effet, à cette tragédie un surcroît de richesse et de réalité. Mais nous concevons que ce superflu du génie puisse manquer. Ce qui est indispensable, c'est le point d'appui qu’une pièce prend dans un temps et dans un lieu connus de nous, ou que l’auteur nous fait connaître. C’est la précision de ces données qui crée l'illusion préalable sans laquelle l'émotion ne peut nous être communiquée.

Dans l'étude que nous venons de faire de la Fille Naturelle, chacun des traits signalés se rattache étroitement à la conception dramatique que Gœæthe croit emprunter aux Anciens ou créer à leur imitation. Je ne signalerai que pour mémoire un rapprochement tout à fait oiseux qu'on à voulu établir entre la pièce de Gœæthe et l’Electre d'Euripide. Les deux pièces ont un fait commun, qui est la mésalliance, mais il est trop évident que c’est purement fortuit. A. Neum2yer* a

1. Le Bidois, L'action de la tragédle de Racine, p. 65. 2. Parallele Charactereund Zustände in Eur. Elektraund Gœthes N. T., Amberg, 1873.

voulu pousser assez loin ce rapprochement, et sa dissertation peut passer pour un modèle de ce que K. Fischer appelle si justement Unkritik'. Gœthe, dans notre drame, ne doit aux Anciens que sa méthode.

1. C’est ainsi qu'Eugénie, comme Électre, « voit l'aurore d'un temps nouveau »! Electre se plaint de porter des vêtements déchirés : de même Eugénie aime la parure! Enfin la monarchie caduque, dans la pièce allemande, rap- ; pellerait le œoXüp0opov düua de Pélops!

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